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Volume XXXIII, Numéro 2, Automne 2008

LA PSYCHOTHÉRAPIE INTERPERSONNELLE

Éditorial

Ursula Streit, Jean Leblanc, La psychothérapie interpersonnelle : bien au-delà de ses premières applications, p.7


Dossier : La psychothérapie interpersonnelle

Jean Leblanc, Ursula Streit, Origines et description de la Psychothérapie interpersonnelle (PTI) p. 31

Laura Mufson, Gabrielle Anderson, Psychothérapie interpersonnelle à l’intention des adolescents souffrant de dépression : théories, techniques et recherche p.49

Marie-Geneviève Iselin, Gregory A. Hinrichsen, La psychothérapie interpersonnelle (PTI) pour le traitement de la dépression chez les personnes âgées p.67

Scott Stuart, Elizabeth Clark, Psychothérapie interpersonnelle (PTI) et Counseling interpersonnel (CIP) pour le traitement de la dépression post-partum p.87

Paolo Scocco,Elena Toffol, Psychothérapie interpersonnelle de groupe : une revue de littérature p. 105

Michael Robertson, Émilie Grenon, La psychothérapie interpersonnelle (PTI) pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT) p.133

Holly A. Swartz, Ellen Frank, Debra Frankel, Psychothérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux (PTIRS) dans le trouble bipolaire II : structure du traitement et exemples cliniques p.151

MOSAÏQUES :

Mélanie Lapalme,Michèle Déry, Caractéristiques associées au trouble oppositionnel, au trouble des conduites et à leur cooccurrence p. 185

Olivier Coquard, Sebastien Fernandez, Yasser Khazaal, Évaluation de la qualité des sites internet francophones traitant de la dépendance à l’alcool p.207

Eliseu Carbonell-Camós, Les dimensions temporelles du suicide : une hypothèse p.225

Myra Piat, Alain Lesage, Henri Dorvil, Richard Boyer, Audrey Couture, David Bloom, Les préférences résidentielles des personnes souffrant de troubles mentaux graves : une étude descriptive p.247

Sophie Boucher, Nikolas Paré, J. Christopher Perry, John J. Sigal, Marie-Claude Ouimet, Répercussions d’une enfance vécue en institution : le cas des Enfants de Duplessis p.271

J’ai lu :

Marie-Claude Thifault, Peut-on guérir d’un passé asilaire ? survol de l’histoire socio-organisationnelle de l’hôpital Rivière des Prairies, par Hubert Wallot.293




Origines et description de la Psychothérapie interpersonnelle (PTI)
Jean Leblanc, Ursula Streit

La Psychothérapie interpersonnelle a été développée au cours des années 1969-84 pour le traitement de la dépression. Elle est utilisée aujourd’hui pour un large éventail de pathologies et problématiques cliniques. Cet article décrit les bases empiriques qui ont conduit à l’élabo­ration de la PTI telle que nous la connaissons aujourd’hui, et donne un aperçu de ses caractéristiques de base. Il définit les différentes phases du traitement dans le cadre d’une telle approche. Les divers domaines problématiques (focus) sont énumérés et décrits et les techniques spécifiques utilisées dans le cadre de cette approche sont décrites sommairement. Enfin, la spécificité de la PTI par rapport aux autres approches classiques de psychothérapie est explicitée. La PTI est une approche psychothérapeutique dont l’efficacité reconnue repose sur des données probantes.

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Psychothérapie interpersonnelle à l’intention des adolescents souffrant de dépression : théories, techniques et recherche
Laura Mufson, Gabrielle Anderson

La psychothérapie interpersonnelle de l’adolescent souffrant de dépression (PTI-A) est une psychothérapie brève, basée sur des données probantes, reconnue efficace dans le traitement chez l’adolescent de la dépression unipolaire sans symptômes psychotiques. Cet article présente les principes théoriques de la PTI et ses adaptations reliées au développement de l’adolescent, la notion de cible du traitement (principaux domaines problématiques) et les techniques spécifiques à la PTI-A. Ce traitement se concentre sur les habiletés de commu­nication et la gestion du réseau social actuel de l’individu. Le travail du focus thérapeutique vise à améliorer les relations sociales de l’adolescent en supposant que cela améliorera son humeur. Les bases empiriques relatives à l’efficacité et les résultats préliminaires d’essais cliniques de la PTI-A de même que les recherches futures sur la dépression unipolaire de l’adolescent sont exposées brièvement.

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La psychothérapie interpersonnelle (PTI) pour le traitement de la dépression chez les personnes âgées
Marie-Geneviève Iselin, Gregory A. Hinrichsen

Dans cet article, les auteurs expliquent pourquoi la psychothérapie interpersonnelle (PTI) est un traitement psychosocial particulièrement efficace pour soigner la dépression chez les personnes âgées. Ils abordent des questions qui peuvent surgir lors de la mise en œuvre de la PTI auprès de personnes âgées et examinent les études portant sur des personnes âgées traitées à l’aide de la PTI. Enfin, ils présentent deux vignettes cliniques qui illustrent l’appli­ca­­tion de la PTI à ce groupe de personnes. La PTI convient particulièrement bien aux personnes âgées en dépression, car les problématiques abordées s’apparentent grandement aux difficultés auxquelles les aînés font face et qui peuvent, chez certains, déclencher la dépression. De plus, la PTI convient bien aux personnes âgées à cause de ses composantes psycho­éducatives, de son recours au paradigme médical et de sa nature coopérative, axée sur les problèmes et circonscrite dans le temps. Bien que la PTI demande très peu d’adaptation pour son application aux personnes âgées, elle devrait s’appuyer sur des connaissances en gérontologie et en psychologie gériatrique. Certaines études, de même que notre pratique clinique, indiquent que le traitement intensif (c’est-à-dire hebdomadaire) en psychothérapie interpersonnelle réduit les symptômes de la dépression chez les personnes âgées, mais il fau­dra davantage d’études pour confirmer cette hypothèse. Le counseling interpersonnel - une version modifiée de la PTI - a démontré son efficacité dans le traitement des symptômes de la dépression chez les personnes âgées ayant des problèmes médicaux. La poursuite du traitement ou le traitement de maintien en PTI sur une base mensuelle s’est avéré bénéfique chez certaines personnes âgées souffrant de pathologie dépressive grave. Les auteurs présentent deux cas qui illustrent la mise en œuvre de la PTI. Le premier cas porte sur les conflits interpersonnels, alors que le deuxième est axé sur les transitions de rôles.

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Psychothérapie interpersonnelle (PTI) et Counseling interpersonnel (CIP) pour le traitement de la dépression post-partum
Scott Stuart, Elizabeth Clark

La dépression périnatale est un trouble prévalent qui comporte un degré élevé de morbidité à la fois chez la mère et chez le nourrisson. De nos jours, on dispose de traitements validés empiriquement pour traiter tant la dépression post-partum que la dépression pendant la grossesse. Parmi ces traitements, la psychothérapie interpersonnelle (PTI) a démontré son efficacité à traiter la dépression post-partum, qu’elle soit légère ou grave. En fait, l’évidence limitée des preuves de l’efficacité de la médication et les préoccupations au sujet de ses effets secondaires ont porté certaines personnes à proposer que la PTI soit la première option retenue pour traiter les femmes souffrant de dépression et qui allaitent. Des préoccupations semblables persistent au sujet de l’usage de médicaments pendant la grossesse. De récentes expériences et recherches cliniques portent à croire que le counseling interpersonnel (CIP) pourrait aussi s’avérer efficace chez certaines femmes en dépression post-partum. Forme abrégée de la PTI, le CIP semble être efficace pour traiter la dépression légère à modérée, et a l’avantage potentiel d’être plus facile à dispenser dans le cadre des soins primaires ou des milieux obstétricaux.

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Psychothérapie interpersonnelle de groupe : une revue de littérature
Paolo Scocco, Elena Toffol

La psychothérapie interpersonnelle (PTI) a d’abord été conçue en tant qu’approche psychothérapeutique pour traiter la dépression, mais on l’a depuis largement utilisée pour traiter plusieurs autres pathologies. Récemment, on a aussi adapté la PTI à un format de groupe, qui comporte à la fois les avantages et les désavantages des autres psychothérapies de groupe. Utilisée pour la première fois par Wilfley et ses collègues, cette adaptation garde les principales caractéristiques de la PTI, c’est-à-dire le rôle central de l’axe interpersonnel et l’identification d’un (ou de deux) des quatre domaines interpersonnels problématiques (le deuil pathologique, la transition de rôle, les conflits de rôles et les déficits interpersonnels). L’adaptation conserve aussi le rôle actif du thérapeute et du patient individuel au sein du groupe. À ce jour, la psychothérapie interpersonnelle adaptée aux groupes (PTI-G) a servi à traiter plusieurs pathologies (les Troubles des conduites alimentaires non spécifiques, la boulimie, les troubles dépressifs et les troubles de stress post-traumatique [TSPT]) et ce, auprès de plusieurs populations (adolescents, aînés, femmes enceintes ou « nouvelles mères », femmes toxicomanes incarcérées). Bien que la qualité générale des études sur les résultats soit à ce jour plutôt pauvre, l’examen de l’état actuel des connaissances indique que la PTI-G peut s’avérer utile et qu’elle peut présenter un certain nombre d’avantages dans le traitement de divers troubles psychiatriques auprès de plusieurs populations de patients.

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La psychothérapie interpersonnelle (PTI) pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT)
Michael Robertson

Parmi les nombreuses modifications apportées à la psychothérapie interpersonnelle (PTI) et à toutes ses applications, c’est son utilisation dans le traitement du traumatisme psycholo­gique qui s’avère le plus complexe. La littérature anglo-américaine définit habituellement le traumatisme psychologique comme étant le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Malgré l’attention portée au TSPT par la littérature scientifique, le traumatisme psycho­logique engendre des perturbations profondes de l’humeur, de la régulation de l’affect, du concept de soi et de l’ajustement interpersonnel, ainsi qu’une profonde crise existentielle dans la vie des personnes qui en sont affligées. Aucune thérapie psychologique ne peut donc prétendre « traiter » tous les aspects d’un stress psychologique traumatique. En étant axée sur l’individu et sur l’expérience de son monde interpersonnel, la PTI offre un cadre assez large pour une intervention psychologique qui, bien que destinée à soulager la détresse, aborde des questions qui ne le sont habituellement pas dans d’autres traitements axés sur les symptômes. Dans cet article, l’auteur tente de mettre en évidence les arguments en faveur du recours à la PTI pour le traitement de traumatismes psychologiques et de TSPT, puis il présentera quelques exemples de son utilité dans un environnement clinique.

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Psychothérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux (PTIRS) dans le trouble bipolaire II : structure du traitement et exemples cliniques
Holly A. Swartz, Ellen Frank, Debra Frankel

Le trouble bipolaire II (BP II) est une pathologie psychiatrique fréquente, récurrente et débi­litante. Pourtant, peu d’études ont évalué quelles étaient les meilleures approches pour le traite­ment de cette maladie. La psychothérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux (PTIRS) [Interpersonal and Social Rythm Therapy] a démontré une utilité dans le traitement du trouble bipolaire I, en association avec la médication. Contrairement au trouble BP I, le trouble BP II est caractérisé par des épisodes atténués, non psychotiques, de manie (hypomanie), de sorte qu’il ne semble pas y avoir de contre-indications à l’emploi de la PTIRS en monothérapie. Cette approche combine une approche comporte­mentale visant à augmenter la régularité des routines quotidiennes, avec une psychothérapie interpersonnelle qui aide les patients à mieux gérer les multiples problèmes psychosociaux associés à cette pathologie chronique. Une description est faite des conceptions théoriques sous-tendant l’utilisation de la PTIRS dans le trouble bipolaire. Une brève description du trouble BP II est faite. Plusieurs modifications sont apparues néces­saires, dans notre expérience, pour adapter la PTIRS au traitement du trouble BP II (en com­paraison avec le trouble BP I), en raison des caractéristiques cliniques particulières de cette population, notamment l’instabilité du tableau clinique, la difficulté à repérer le type d’épi­sode en cours parce que les symptômes sont souvent mixtes (intrication entre symptômes d’activa­tion et de dépression), et également en raison du chevauchement symptomatique ou de la comorbidité avec le trouble de personnalité borderline. Il existe également une comor­bidité fréquente avec le trouble d’abus ou de dépendance aux substances psychoactives. Des vignettes tirées de notre expérience clinique tentent d’illustrer diverses problématiques courantes rencontrées dans la thérapie de cette population, et qui sont reliées aux caracté­ristiques ci-haut mention­nées du trouble BP II. La PTIRS apparaît être un ajout important et intéressant aux approches de traitement du trouble BP II parce qu’elle tient compte des divers aspects de cette patho­logie ; cette approche nous est apparue efficace dans cette étude préliminaire et nous sommes d’avis que des études systé­matiques ultérieures sont requises et permettront d’évaluer de façon plus formelle son efficacité dans le traitement du trouble bipolaire II.

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Caractéristiques associées au trouble oppositionnel, au trouble des conduites et à leur cooccurrence
Mélanie Lapalme, Michèle Déry

L’objectif de cette étude est de déterminer si des corrélats (ou des combinaisons de corrélats) personnels, familiaux et sociaux permettent de discriminer des enfants (n = 336) qui présentent un trouble oppositionnel (TO), un trouble des conduites (TC) ou ces deux troubles en cooccurrence (TC + TO). Les enfants sont âgés entre 6 ans et 13 ans et ont été recrutés parmi des enfants recevant des services spécialisés de l’école ou du centre jeunesse pour des difficultés comportementales ou familiales. Les résultats suggèrent que la personnalité antisociale des parents et le manque de supervision parentale sont davantage associés au TC, tandis que le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité et l’inconstance de la discipline caractérisent davantage les enfants ayant un TO. Les enfants du groupe TO + TC semblent cumuler les corrélats associés à chaque trouble. Ces différences devraient être prises en compte dans l’intervention à offrir aux enfants.

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Évaluation de la qualité des sites internet francophones traitant de la dépendance à l’alcool
Olivier Coquard, Sebastien Fernandez, Yasser Khazaal

L’objectif de cet article est d’investiguer de manière systématique la qualité des sites internet francophones traitant de la dépendance à l’alcool. Les auteurs ont examiné les 20 premières pages identifiées par trois moteurs de recherche généraux avec deux mots clés. Au total, 45 sites pertinents ont été évalués. Les auteurs concluent que la qualité globale des sites est relativement pauvre, spécialement pour la description des traitements possibles, et largement variable. La qualité de contenu n’est pas corrélée avec les autres aspects évalués tels que l’interactivité, l’esthétisme ou le dévoilement de l’identité des auteurs ou de leur source.

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Les dimensions temporelles du suicide : une hypothèse
Eliseu Carbonell-Camós

Dans cet article, l’auteur aborde les dimensions temporelles du suicide en tenant compte des multiples approches existantes - physiologie circadienne, épidémiologie psychiatrique ou sociologie du suicide - mais en privilégiant une perspective socio anthropologique. À partir de cette perspective, le suicide est examiné tel un phénomène social qui s’inscrit dans le temps. En partant d’une préoccupation propre à l’anthropologie du temps, soit la relation entre le temps de la nature et le temps de la société, l’auteur aborde un des thèmes clés de l’étude du suicide déjà énoncé par Durkheim, soit la relation entre le changement qui est une expression de base du passage du temps et le suicide. Après avoir présenté différentes contri­butions scientifiques sur le sujet, l’auteur propose une hypothèse permettant d’intégrer l’in­fluence du temps relié aux phénomènes naturels (les rythmes cosmo-biologiques) et celle du temps relié aux phénomènes sociaux (rythmes politico-économiques) en relation avec le suicide et ce à partir de la théorie de Gabennesch portant sur les « promesses non tenues ».

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Les préférences résidentielles des personnes souffrant de troubles mentaux graves : une étude descriptive
Myra Piat, Alain Lesage, Henri Dorvil, Richard Boyer, Audrey Couture, David Bloom

Cet article présente les résultats d’une étude exploratoire portant sur les préférences résidentielles de 315 personnes souffrant de troubles mentaux graves hébergées dans sept types d’hébergement à Montréal. Le portrait d’ensemble qui se dégage de cette étude met en évidence que 22,0 % des usagers préféreraient habiter dans leur propre appartement, 16,0 % dans les HLM ou OSBL, 14,1 % dans les appartements supervisés et 11,5 % dans les ressources de type familial. On note aussi que 31,7 % d’entre eux préfèrent le type de logement dans lequel ils habitaient au moment de l’étude. Notre réflexion sur les résultats de cette étude nous amène à conclure qu’une variété de types de ressources résidentielles demeure nécessaire pour rencontrer la diversité de besoins des usagers.

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Répercussions d’une enfance vécue en institution : le cas des Enfants de Duplessis
Sophie Boucher, Nikolas Paré, J. Christopher Perry, John J. Sigal, Marie-Claude Ouimet

Les conséquences négatives d’un placement en institution sur les enfants ont été documentées, mais aucune étude n’a porté sur les orphelins et les enfants placés une fois devenus adultes. Au Québec, les Enfants de Duplessis offrent un témoignage poignant des répercussions à long terme d’une enfance vécue en institution. Les histoires recueillies auprès de 40 hommes et 41 femmes ayant grandi en institution à l’époque de Duplessis font état d’un nombre élevé d’abus et d’expériences adverses, incluant les agressions physiques, psycho­logiques et sexuelles. Le milieu était peu stimulant et offrait peu d’opportunités de déve­lopper des relations d’atta­chement positives et significatives. Lorsqu’ils sont appariés et comparés à des adultes prove­nant de l’enquête Santé-Québec, les Enfants de Duplessis deve­nus adultes rapportent plus de problèmes de santé liés au stress et une détresse psychologique plus importante. Nos résul­tats indiquent également que les personnes ayant disposé de peu de ressources et d’aptitudes personnelles dans l’enfance sont les plus affectées par les expériences adverses.

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