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Volume XV, Numéro 1, Printemps 1990

LES QUÉBÉCOISES : DIX ANS PLUS TARD

Dossier : Les Québécoises : dix ans plus tard

Lise Côté, Jocelyne Pronovost, Christine Ross, Étude des tendances suicidaires chez des adolescents de niveau secondaire, p.29

Luc Lacroix, Le suicide et les politiques sociales au Québec, p.46

Nancy Guberman, Les femmes et la politique de santé mentale, p.62

Renée-B. Dandurand, Marianne Kempeneers, Femmes et politiques familiales entre l’ambivalence et l’implication, p.85

Rita Therrien, La désinstitutionnalisation, les malades, les familles et les femmes : des intérêts à concilier, p.100

Maria de Koninck, L’autonomie des femmes : quelques réflexions-bilan sur un objectif, p.120

Chantal Perrault, Et si on parlait des hommes ?, p.134

Danielle Bergeron, Le féminin, un espace autre pour le désir, p.145

Danielle Julien, Louise Cossette, Sophie Léveillé, Teresa Pizzamiglio, « L’inexpressivité » masculine : des mythes et des faits, p.165

Carole Brabant, Donna Mergler, Karen Messing, Va te faire soigner, ton usine est malade : la place de l’hystérie dans la problématique de la santé des femmes au travail, p.181

Michèle Bourgon, Christine Corbeil, Dix ans d’intervention féministe au Québec : bilan et perspectives, p.205

Evelyne Bergeron, Féminisme et intervention auprès des femmes ; une expérience d’intervention auprès des femmes alcooliques ou toxicomanes à Domrémy Trois-Rivières, p.223




Étude des tendances suicidaires chez des adolescents de niveau secondaire
Lise Côté, Jocelyne Pronovost, Christine Ross

Une étude effectuée auprès de 2850 adolescents québécois, âgés de 12 à 18 ans et provenant de quatre écoles secondaires de la région de Trois-Rivières, dénombre 15,4 % de jeunes avouant avoir déjà songé sérieusement au suicide. Ces adolescents se retrouvent à différents stades du processus suicidaire. Ainsi, 4 % avouent entretenir uniquement des idéations suicidaires sérieuses ; 7,9 % sont au stade de la planification de moyens et 3,5 % ont fait des tentatives de suicide. Les caractéristiques familiales sont sensiblement les mêmes pour les différentes catégories de tendances suicidaires. Par contre, les pères des jeunes qui ont fait des tentatives de suicide sont moins scolarisés que les pères des autres adolescents à tendances suicidaires. De plus, les adolescents ayant fait des tentatives de suicide rapportent un plus grand nombre d’évènements déclencheurs de leurs idéations suicidaires. La persistance des idéations suicidaires, l’état dépressif, les sentiments de vide existentiel et de désespoir augmentent en fonction de l’importance des tendances suicidaires. Ces variables d’ordre affectif sont celles qui distinguent le plus les différentes catégories de tendances suicidaires entre elles.

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Le suicide et les politiques sociales au Québec
Luc Lacroix

À partir de trois documents émanant d’instances mises sur pied par le gouvernement du Québec, nous tentons, dans cet article, de déceler comment ce dernier s’apprête à encadrer et à orienter l’intervention sur le suicide. Nous nous intéressons au sort que les politiques sociales pourraient et, selon nous, devraient réserver au suicide. Nous préconisons une approche qui reconnaît pleinement la dimension sociale du suicide et qui met l’accent sur la prévention primaire ainsi que sur le soutien par l’État d’un réseau communautaire autonome constituant, par rapport au réseau public, un partenaire égal.

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Les femmes et la politique de santé mentale
Nancy Guberman

Cet article analyse la politique québécoise de santé mentale à partir des principales articulations d’une lecture féministe. La critique de la politique se fait en décryptant trois prémisses qui la sous-tendent et qui, de l’avis de l’auteure, sont défaillantes. En effet, sur la base de ces prémisses, la politique occulte les différences de sexe et de genre et leur impact sur la santé-maladie mentale. Elle s’inscrit aussi dans une tendance « naturaliste » face aux bienfaits de la famille pour l’insertion sociale des psychiatrisé-es. Finalement, la politique propose un partenariat tronqué avec les groupes de femmes. L’auteure soulève les limites et les dangers de la politique pour les femmes et les groupes de femmes et questionne les rapports que les services féministes entretiennent avec l’État.

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Femmes et politiques familiales entre l’ambivalence et l’implication
Renée-B. Dandurand, Marianne Kempeneers

Les années 80 ont vu l’implantation d’une politique familiale par le gouvernement du Québec. Tant dans les discours que dans les faits, cette politique a oscillé entre une politique familiale, une politique nataliste et une politique de population. Déjà réservés face aux institutions traditionnelles de la famille et de la maternité, les groupes de femmes et les féministes se sont montrées ambivalentes face à de telles politiques : la crainte d’être piégées et ramenées en arrière explique cette attitude. Mais c’est la volonté de diffuser leur point de vue et de promouvoir la défense de leurs intérêts qui ont tout de même incité les femmes à s’impliquer dans ces débats. L’article se termine en proposant des principes qui devraient guider une politique familiale sensible aux intérêts des femmes.

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La désinstitutionnalisation, les malades, les familles et les femmes : des intérêts à concilier
Rita Therrien

La désinstitutionnalisation impose des demandes trés grandes aux familles. Forcées de pallier aux insuffisances du système, elles doivent jouer le rôle de milieu thérapeutique, tout en recevant peu de soutien de la part des services. La cohabitation donne souvent lieu à des relations difficiles entre le malade et sa famille. Une fraction importante des familles vivent des problèmes dans leurs tentatives d’accomplir leur rôle parental dans un tel contexte. Les femmes sont touchées plus particulièrement par cette situation dans la mesure où elles assument une grande part du soutien émotionnel des malades mentaux chroniques et assurent souvent le lien avec les services. Elles doivent affronter des professionnels qui les jugent souvent surprotectrices ou responsables de problèmes si le malade est leur enfant. En définitive, la responsabilité collective doit compléter la responsabilité familiale pour assurer le respect des droits des patients, des familles et des femmes.

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L’autonomie des femmes : quelques réflexions-bilan sur un objectif
Maria de Koninck

À partir de réflexions sur l’autonomie reproductive des femmes, l’auteure soulève des questions sur la signification réelle du cheminement parcouru depuis quelques années. Le contexte actuel des rapports sociaux de sexe ne favoriserait-il par une biologisation de la féminité caractérisée par une perception négative du corps féminin et de son potentiel producteur ? La « libération » des femmes implique-t-elle un rejet du corps féminin et de sa différence ? N’y a-t-il pas lieu, pour éviter les effets pervers de la quête d’autonomie, de la redéfinir en référence aux femmes et non, comme cela semble être actuellement le cas, en référence à un univers masculin ?

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Et si on parlait des hommes ?
Chantal Perrault

Cet article se veut un questionnaire sur quelques-un des effets pervers du discours sur l’association sexe/santé dans notre contexte socio-culturel. Ce discours dénonce haut et fort les problèmes psychosociaux des femmes, mais tend à passer sous silence la vulnérabilité des hommes, pourtant inscrite en noir sur blanc dans nos statistiques officielles sur le suicide, la dépendance à l’alcool et autres drogues, la violence et l’itinérance.

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Le féminin, un espace autre pour le désir
Danielle Bergeron

La littérature psychanalytique s’est développée autour du concept d’un espace pour le désir structuré selon le modèle des rapports du garçon à sa mère. La clinique de la féminité, concurremment avec l’apport historique du féminisme, découvre-telle un espace autre pour le désir féminin ? La psychotique pour qui la place du père est restée vide dans la parole de la mère, refuse la Loi comme représentant de l’autorité sociale. Quant à l’hystérique, elle ne se fie pas au Père comme rempart contre le vide qui se profile derrière les Lois et les croyances des hommes. À sa façon, le féminisme reprend, en les projetant sur la scène sociale, ces positions de refus psychotique et de contestation hystérique et requiert de nouvelles formes de vie sociale qui s’articulent à l’espace esthétique dont les femmes ont besoin pour vivre comme citoyennes à part entière.

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« L’inexpressivité » masculine : des mythes et des faits
Danielle Julien, Louise Cossette, Sophie Léveillé, Teresa Pizzamiglio

Cet article examine la thèse couramment admise selon laquelle les hommes expriment moins leurs émotions que les femmes. Les données de recherche montrent peu de différences à cet effet entre les garçons et les filles avant l’adolescence et la vie adulte où, par ailleurs, les hommes apparaissent moins expressifs que les femmes, sauf pour les émotions reliées aux conduites agressives. Cette expressivité moins grande s’observe toutefois dans le cadre d’interactions intimes, alors que les contextes sociaux où la compétition et le statut social sont en jeu semblent plus propices à l’expression d’émotions chez les hommes. Nous proposons que davantage d’études soient menées à ce sujet, en tenant compte des contextes sociaux d’expression émotive engendrés par la division sexuelle du travail.

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Va te faire soigner, ton usine est malade : la place de l’hystérie dans la problématique de la santé des femmes au travail
Carole Brabant, Donna Mergler, Karen Messing

L’hystérie de masses se définit comme l’occurrence épidémique d’une série de symptômes physiques en l’absence de désordre organique et d’agent pathogène identifiable. En dépit de larges variations individuelles et contextuelles, une étonnante similarité unit les différents épisodes rapportés dans la littérature : présence d’un évènement déclencheur, progression et régression rapide de symptômes diffus et prédominance de femmes parmi les cas. Nous résumons les recherches dans ce domaine et discutons de la surreprésentation des femmes à travers les hypothèses rattachées à : 1- la biologie et le poids de la socialisation différentielle des hommes et des femmes ; 2- la mauvaise évaluation des risques environnementaux, organisationnels et ergonomiques dans les milieux où l’on assiste à l’hystérie de masses. L’interprétation féministe, en filigrane, s’attaque au préjugé de la vulnérabilité féminine pour mettre en lumière la sous-estimation de la pénibilité des conditions de travail des femmes.

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Dix ans d’intervention féministe au Québec : bilan et perspectives
Michèle Bourgon, Christine Corbeil

Après un rappel des origines et des principales caractéristiques de la thérapie féministe telle qu’elle est apparue aux États-Unis à la fin des années 1960, les auteurs de cet article analysent les conditions d’émergence et la spécificité de l’intervention féministe au Québec, appellation que la majorité des intervenantes québécoises utilisent lorsqu’elles décrivent leur pratique auprès des femmes. L’accent sera mis sur l’analyse des pratiques féministes en milieu institutionnel, en raison de leur développement exceptionnel au cours des dernières années. L’article présente de manière succincte les deux principaux courants de pensée qui inspirent ces pratiques, soit le courant socio-behaviorale et le courant de la conscientisation. Après un bref bilan de l’intervention féministe au Québec, les auteures s’interrogent sur ses perspectives d’avenir.

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Féminisme et intervention auprès des femmes ; une expérience d’intervention auprès des femmes alcooliques ou toxicomanes à Domrémy Trois-Rivières
Evelyne Bergeron

Avec l’avènement de l’idéologie féministe, les femmes ont cru pouvoir se confectionner des outils sur mesure pour se libérer de l’oppression et pour s’émanciper. Cependant, le passage de l’idéologie à l’intervention pratique a posé un certain nombre de difficultés ; par contre, à certains points de vue, le féminisme constitue un apport majeur et absolument indéniable. Ce sont les grandeurs et les misères d’une telle intervention dont cet article fait état.

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