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Volume XV, Numéro 2, Automne 1990

LE RÉEL ET LA MORT DANS LA SITUATION THÉRAPEUTIQUE

Dossier : Le réel et la mort dans la situation thérapeutique

Italo Simeone, Les aspects psychodynamiques des troubles de comportement chez le sujet sénescent et leur approche psychodynamique, p.33

Robert Viau, L’araignée dans le plafond, p.47

Richard Boyer, Sur l’épidémiologie des maladies mentales : mise à jour des données récentes, p.73

John Wright, Anne Lecours, Claude Duchesne, Stéphane Sabourin, Le profil psychosocial de couples consultant à une clinique de fertilité, p.89

Raymond Massé, Évaluation critique de la recherche sur l’étiologie de la violence envers les enfants, p.107

Michelle Dumont, Luc Blanchet, Pierre H. Tremblay, La solitude chez les jeunes : recension des écrits, p.129

Anita Fernandez-Desjardins, Gilles Légaré, Renée Paquette, Un espace à construire pour le désir, p.149

Marie Hazan, Fantasme et réalité dans l’espace analytique au cours de la grossesse de l’analyste ou la réalité dépasse-t-elle la fiction ?, p.168

Doris-Louise Haineault, Pour en arriver à croire (notes de travail sur un cas d’inceste mère-fille et ses implications sur la formation de l’objet pré-transitionnel), p.181

Jean-Jacques Couvrette, Rencontre(s) avec des non-rêveurs, p.202

Lise Monette, Les fidèles de la mort, p.212

Judith Stern, Psychothérapie de la perte et du deuil, p.221




Les aspects psychodynamiques des troubles de comportement chez le sujet sénescent et leur approche psychodynamique
Italo Simeone

Dans la théorie de Mélanie Klein il y a des éléments qui sont susceptibles d’être transposés à la sénescence, pour une meilleure compréhension de certains troubles du vieillissement pathologique. De nombreux états cliniques, qui font leur apparition pour la première fois à l’âge avancé, (certaines formes de dépression, de délires ou de déficits intellectuels) n’ont pas encore reçu à l’heure actuelle une explication psychodynamique satisfaisante. L’auteur tente ici une approche nouvelle grâce à l’éclairage Kleinien.

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L’araignée dans le plafond
Robert Viau

Cet article sur l’image de la folie dans le roman québécois porte sur les rapports entre la littérature québécoise et la folie. On y décèle l’histoire du Québec où la folie suit le courant social qui passe graduellement d’un courant religieux à un courant politique. Ainsi, de 1837 à 1920, dans les romans, la folie est causée par un choc émotif, une contrariété amoureuse ou une ambition déçue. Dans la période entre les deux guerres, la voie menant à diverses folies comprend les mondanités, l’argent et les femmes. Pendant plus de cent ans, la folie a donc une valeur punitive. Pendant les années cinquante, pour la première fois dans notre littérature, le fou devient un éveilleur de conscience ; de négative, la folie devient une valeur positive. Finalement, de 1960 à nos jours, la folie découle de l’échec, qu’il soit amoureux, social ou politique. Dans la majorité des romans, le fou finit par mourir. C’est comme si les romanciers avaient voulu renforcer la notion de punition, d’échec et de désespoir, reliée à la folie. Pourquoi ?

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Sur l’épidémiologie des maladies mentales : mise à jour des données récentes
Richard Boyer

L’objectif de ce travail est de synthétiser les plus récents constats des recherches épidémiologiques menées dans la population générale concernant la prévalence et l’incidence des troubles mentaux respectivement chez les hommes et les femmes. L’auteur fait principalement référence aux résultats du programme de recherche Epidemiological Catchment Area (ECA). Il rappelle d’abord l’évolution de la classification des maladies mentales de l’Association Américaine de Psychiatrie et ses répercussions au niveau de la méthode épidémiologique. L’analyse des données permet de conclure que les hommes et les femmes souffrent de diverses psychopathologies dans des proportions fort différentes. Ces résultats sont comparés à ceux obtenus dans le cadre de l’enquête Santé Québec.

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Le profil psychosocial de couples consultant à une clinique de fertilité
John Wright, Anne Lecours, Claude Duchesne, Stéphane Sabourin

L’objectif de la présente étude est de tracer le profil psychosocial de couples consultant à une clinique de fertilité. Plus spécifiquement, il s’agit a) de comparer le statut psychosocial de sujets consultant à une clinique de fertilité à celui de sujets normaux ou d’individus souffrant de problèmes psychologiques, b) de déterminer s’il existe des différences de profil entre les hommes et les femmes consultant pour un problème de fertilité, et c) d’évaluer s’il est possible de prédire la nature du profil psychosocial des sujets à partir de diverses caractéristiques sociodémographiques et médicales. L’échantillon se compose de 30 couples qui consultent un spécialiste de la clinique de fertilité d’un hôpital de la région de Montréal. L’analyse des résultats démontre que le profil psychosocial des sujets consultant à une clinique de fertilité se situe à mi-chemin entre celui de sujets normaux et celui d’individus souffrant de problèmes psychologiques. Le statut psychologique des hommes et des femmes consultant à une clinique de fertilité diffère sur trois variables : dépression, estime de soi et stress. Enfin, les analyses de régression multiple ont permis d’identifier plusieurs caractéristiques médicales reliées à l’ampleur des difficultés psychosociales rapportées par les sujets infertiles.

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Évaluation critique de la recherche sur l’étiologie de la violence envers les enfants
Raymond Massé

Cet article porte un regard critique sur les recherches relatives aux abus physiques et à la négligence envers les enfants. Sans passer par une revue systématique de la littérature, l’auteur identifie les divers déterminants de la violence mis en évidence par trois principaux modèles - les modèles psychologique, sociologique et écologique - fait un bilan de leurs apports et de leurs limites à la construction d’une étiologie de la violence. En soulignant le petit nombre de recherches fondées sur une cueillette de données originales, les carences méthodologiques et le peu de concordance dans la définition des variables mesurées, l’article propose de prendre du recul par rapport aux facteurs de risque identifiés et plaide en faveur d’une analyse systémique des déterminants de la violence.

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La solitude chez les jeunes : recension des écrits
Michelle Dumont, Luc Blanchet, Pierre H. Tremblay

Contrairement à la croyance populaire qui veut que la solitude soit avant tout un problème vécu par les adultes, notamment par les personnes âgées, ce sentiment peut se manifester tôt dans la vie. Un nombre croissant d’études révèlent qu’un pourcentage important d’adolescents vivent un épisode intense de solitude. Cette recension des écrits trace un portrait de l’expérience de la solitude chez les jeunes. Il sera question de l’importance du problème, de la description du phénomène, des sentiments reliés à cette expérience, des facteurs qui prédisposent les jeunes à une telle expérience, des facteurs susceptibles de déclencher le phénomène et des stratégies d’ajustement déployées pour faire face à une situation d’isolement.

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Un espace à construire pour le désir
Anita Fernandez-Desjardins, Gilles Légaré, Renée Paquette

Question de femme ou question d’être ? Y a-t-il un être au féminin ou une manière d’être femme ? Des femmes interrogent la psychanalyse. Cet article propose un retour sur la notion de castration et sur les développements entourant la signification du phallus. L’expérience de la castration est présentée comme étant étroitement liée au processus de la sexuation et à la constitution même du sujet parlant. Cet article tente de faire état de la position féminine, qui questionne la castration. La psychanalyse n’apporte pas une réponse, elle pose une limite : celle de l’ordre symbolique dans lequel l’être parlant est inscrit. En deçà de cette limite de la castration, il reste à construire pour chaque femme et chaque homme, dans le Québec contemporain, un espace pour le désir.

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Fantasme et réalité dans l’espace analytique au cours de la grossesse de l’analyste ou la réalité dépasse-t-elle la fiction ?
Marie Hazan

Cet article s’intéresse à la grossesse de l’analyste et à son impact sur la réalité dans la cure analytique. L’analyste enceinte, prise entre le dire et l’agir, constate d’abord que sa grossesse produit des effets sur ses analysants, dont une intensification émotionnelle du transfert, une connaissance quasi immédiate de sa grossesse par certains(es), qui peut être quelquefois l’objet de silence sous la forme de déni ou de refoulement. Elle-même, dans une réaction transférielle, pourrait chercher à rompre ce silence - et la relation duelle du même coup - tiraillée entre sa préoccupation maternelle primaire pour son bébé et celle pour ses patients. Plus que d’attitudes ou de thèmes stéréotypés, cet article tente de cerner la dynamique du transfert ouverte par la problématique de la grossesse de l’analyste. En conclusion, la grossesse de l’analyste, dans le cadre de la cure, paraît se défaire de sa qualité événementielle pour se métaphoriser et produire une élaboration entre fantasme et réalité, qui s’analyse comme un rêve ou comme un souvenir-écran.

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Pour en arriver à croire (notes de travail sur un cas d’inceste mère-fille et ses implications sur la formation de l’objet pré-transitionnel)
Doris-Louise Haineault

La plupart des textes psychanalytiques afférents à la question de l’inceste supposent que le passage à l’acte s’est déroulé entre un parent et un enfant de sexe opposés. Dans la plupart de ces cas, il s’agit d’ailleurs d’un inceste père-fille (voir, par exemple, les travaux de Julien Bigras). Or, ce n’est là qu’une des quatre virtualités mathématiques possibles. L’intrusion incestueuse dans les rapports mère-fille constitue en particulier un événement dont on mésestime la fréquence et, conséquemment, les répercussions. L’importance biologique et psychologique de la mère dans le développement de l’enfant colorent l’inceste mère-fille de façon radicale. Dans la reviviscence du transfert, l’analyste, surtout peut-être si cet analyste est de sexe féminin, se trouve confrontée aux choix les plus fondamentaux de la vie du nourrisson : vivre ou mourir ; croître ou s’arrêter de croître. Et il devient alors urgent de saisir les composantes les plus archaïques de la toute première vie du nourrisson. En présence d’un tel cas, l’analyste est forcé de s’enquérir des développements théoriques les plus complexes. Nous avons quant à nous, largement puisé aux expériences de Renatta Gaddini qui insiste sur l’importance d’élaborer, dans l’analyse, un espace pré-transitionnel. Cet espace pré-transitionnel, toutefois, reste inutile, si l’analyste ne parvient pas, à sa suite, à devenir, pour l’analysante, un objet transformationnel au sens où l’entend Christopher Bollas : c’est-à-dire un objet offrant à la patiente de revivre les étapes du passage de la pré-pensée à la pensée, du concret au symbolique. Ces travaux nous ont aidé à développer une vision un peu plus juste des enjeux en cause. Mais nous mesurons, à notre tour, l’importance du travail qu’il reste à accomplir dans un secteur où peu de recherches, à ce jour, supportent notre exploration.

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Rencontre(s) avec des non-rêveurs
Jean-Jacques Couvrette

Devant un malheur présenté comme subi puis choisi et entretenu, l’attention à la souffrance du visiteur s’émousse bientôt. Le récit anecdotique répétitif et le refus de collaborer isolent le thérapeute dans une position de silence sadique. Dans ces moments où imaginer et théoriser se confondent, ce dernier cherche un recours contre les doutes et l’irritation qui l’assaillent. Il lui faut renoncer à changer son patient et à fonder sa stratégie sur un diagnostic. Ce n’est pas à une structure qu’il s’attaque, mais à un processus dont la correspondance se trouve en lui-même et dans le jeu des rencontres.

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Les fidèles de la mort
Lise Monette

Contribution à la clinique de la mélancolie, cet article repose sur l’étude de la dynamique transférentielle et contre-transférentielle de patientes désaffectées dont la léthargie émane d’une relation à une mère qui ne les a peu ou pas investis. Après avoir distingué leur mode spécifique d’incorporation de l’image maternelle, le dévoilement d’un culte porté à la mre permet d’esquisser les composantes de cette religion privée centrée sur l’idolâtrie plutôt que sur l’idéalisation de l’objet d’amour.

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Psychothérapie de la perte et du deuil
Judith Stern

Pendant de longues années, en Israël et ailleurs, les survivants de l’Holocauste n’ont pas laissé de place dans leurs vies aux souvenirs de leur passé, craignant d’en être submergés et d’en contaminer leurs enfants. Lorsque ces personnes arrivent à l’âge où elles font le bilan de leurs vies, le processus de deuil et celui de la perte sont réactivés par le besoin de porter témoignage. Elles souhaitent aussi se retrouver en continuité avec les événements cruciaux de leur passé, en particulier, la séparation avec la famille d’origine, avec l’entourage et avec leur culture. La deuxième génération a grandi dans cette coupure avec les origines de la famille, coupure qui permet le développement de fantasmes souvent liés à une culpabilisation diffuse. Deux cas cliniques sont présentés ici et illustrent ces deux thèmes.

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