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Volume XVI, Numéro 1, Printemps 1991

ASPECTS DE LA DYNAMIQUE CONJUGALE

Dossier : Aspects de la dynamique conjugale

Peter J. Guarnaccia, Le rôle de la culture en épidémiologie psychiatrique : examen de la recherche sur la santé mentale des Latino-Américains, p. 27

Marc LeBlanc, Pierre McDuff, Richard E. Tremblay, Types de familles, conditions de vie, fonctionnement du système familial et inadaptation sociale au cours de la latence et de l’adolescence, p.45

Heinz Häfner, Brigitte Fätkenheuer, Wolfram an der Heiden, Walter Löffler, Kurt Maurer, Povl Munk-Jorgensen, Anita Riecher, Différences selon le sexe dans l’âge d’apparition, la symptomatologie et l’évolution de la schizophrénie, p.77

Catherine S. Fichten, Eva Libman, L’insomnie et son traitement chez les personnes âgées : une nouvelle approche, p.99

Louise Blais, Lorraine Guay, Pauvreté, santé mentale et stratégies d’existence, p.117

Daniel Puskas, Le paiement symbolique, monnaie du désir, p.139

Louise Séguin, Louise Cossette, La dépression post-natale : les facteurs socio-environnementaux, p.149

Colette Sabatier, Les relations parents-enfants dans un contexte d’immigration. Ce que nous savons et ce que nous devrions savoir, p.165

Maryvonne Gognalons-Nicolet, Anne Bardet Blochet, La maturescence : période critique d’âge entre 40-65 ans. Santé, maladie, vieillissement et âges sociaux, p.191

Marc-André Provost, Joanne Dubé, Le rôle de la relation conjugale dans l’abus et la négligence d’enfants. Vers une étude écologique, p.213

Marc-André Provost, Serge Tremblay, Le nouveau-né et le couple : adversaires ou partenaires ?, p.235

Marc Bigras, Diane Dubeau, Peter Lafreniere, L’influence des conflits conjuguaux sur l’enfant : revue des recherches, des théories et des pratiques, p.251

Jean-Marie Boisvert, Madeleine Beaudry, Le thérapeute conjugal est un cheval de Troie : Réflexions inspirées des résultats de recherches sur l’intervention auprès des couples, p.269




Le rôle de la culture en épidémiologie psychiatrique : examen de la recherche sur la santé mentale des Latino-Américains
Peter J. Guarnaccia

En épidémiologie psychiatrique, la culture est souvent traitée, de deux choses l’une, ou comme une variable déconcertante qu’il faut contrôler, ou comme l’explication de résultats inattendus. Quand elle est présentée comme explication, on pousse généralement assez peu l’examen de l’influence qu’elle exerce sur les réponses à l’entrevue psychiatrique. J’avance ici que la culture exerce une influence centrale dans les entrevues, d’au moins trois façons : elle détermine la façon dont les gens répondent à l’entrevue ; elle influence l’évaluation des items portant sur des symptômes spécifiques, et les catégories culturelles se retrouvent enchâssées dans les réponses à l’entrevue. Passant en revue la recherche menée sur la santé mentale des populations latino-américaines, j’examine le rôle joué par les catégories culturelles dans les réponses aux études d’épidémiologie psychiatrique, et j’en esquisse une approche de recherche alternative, pour explorer simultanément des catégories du diagnostic psychiatrique et des expressions culturelles de détresse.

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Types de familles, conditions de vie, fonctionnement du système familial et inadaptation sociale au cours de la latence et de l’adolescence
Marc LeBlanc, Pierre McDuff, Richard E. Tremblay

Les données manquent concernant l’impact de certains types de familles et les résultats sont souvent discordants concernant l’inadaptation. Après avoir décrit les variations de l’activité délictueuse et des troubles de comportement selon les types de familles, nous analysons les difficultés de fonctionnement du système familial. Six types de familles sont comparés pour 763 garçons de 10 ans, 319 adolescents et 426 adolescents de 14 et 15 ans : les familles intactes, les familles monoparentales patricentriques et matricentriques, les familles recomposées patricentriques et matricentriques et les familles substituts. Les données présentées montrent qu’en cette fin des années 1980, près de 40 % des enfants et des adolescents des quartiers à faible statut socio-économique de Montréal vivent dans des familles désunies, en comparaison aux familles intactes, défavorisées sur le plan des conditions de vie, déficientes sur le plan du fonctionnement psychosocial et propices aux troubles de comportement et à l’activité délictueuse. Par ailleurs, il est établi que certains types de familles désunies constituent un facteur de risque considérable. L’effet dommageable de la structure de la famille s’accroît dans l’ordre suivant : familles intactes, familles monoparentales matricentriques, familles recomposées matricentriques, familles substituts, familles recomposées patricentriques et familles monoparentales patricentriques. Pour terminer, quelques pistes d’intervention pour la prévention des difficultés comportementales et familiales sont proposées.

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Différences selon le sexe dans l’âge d’apparition, la symptomatologie et l’évolution de la schizophrénie
Heinz Höfner, Brigitte Fätkenheuer, Wolfram an der Heiden, Walter Löffler, Kurt Maurer, Povl Munk-Jorgensen, Anita Riecher

Les différences selon le sexe dans l’âge d’apparition, la symptomatologie et l’évolution de la schizophrénie sont examinées par une analyse de cas dément enregistrés et par une enquête directe à partir d’un échantillon représentatif de patients hospitalisés pour la première fois. La découverte centrale que les hommes deviennent schizophrènes à un âge plus précoce que les femmes se confirme après avoir écarté d’autres interprétations dues à des distorsions d’échantillonnage, à des différences d’intervalle entre l’apparition effective de la maladie et la première admission à l’hôpital, à des différences par sexe dans le développement des symptômes ou à d’autres facteurs confondants. Si l’on cherche les causes de ces différences entre hommes et femmes, il semble que les perturbations du début du développement social doivent être comprises alors comme les conséquences d’une schizophrénie débutante plutôt que comme ses conditions d’apparition. Il en ressort le besoin de modèles explicatifs qui permettent de tester empiriquement les hypothèses sur le développement spécifique de la schizophrénie dans l’un et l’autre sexe.

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L’insomnie et son traitement chez les personnes âgées : une nouvelle approche
Catherine S. Fichten, Eva Libman

Les hypothèses avancées actuellement sur l’intervention psychologique pour résoudre les troubles d’induction et de maintien du sommeil n’expliquent qu’en partie le phénomène de l’insomnie, tout particulièrement chez les personnes âgées. Dans cet article, nous analysons les modes de traitement de l’insomnie non basés sur la pharmacologie qui sont présentement offerts, et nous proposons une nouvelle manière de concevoir et de traiter les difficultés d’induction et de maintien du sommeil (DIMS). À base de facteurs cognitifs et estimatifs (traitement d’informations), le modèle est utilisé pour soumettre de nouvelles approches d’intervention. Vu la fréquence des interruptions de sommeil chez les gens âgés et les effets restreints de la pharmacothérapie et de la psychothérapie sur eux, les hypothèses énoncées par le modèle proposé et l’intervention projetée sont examinées en portant une attention toute particulière à la population âgée.

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Pauvreté, santé mentale et stratégies d’existence
Louise Blais, Lorraine Guay

La relation entre pauvreté et santé mentale a été maintes fois démontrée. Toutefois, la dynamique qui sous tend cette relation entre processus sociaux et processus psychiques est beaucoup moins explorée. La recherche dont cet article présente quelques résultats préliminaires, se veut un effort pour mettre en lumière les multiples dimensions de la problématique de la santé mentale dans des conditions de pauvreté extrême. Partant du postulat que les êtres humains, même très défavorisés, sont des êtres agissants, nous explorerons également les stratégies qui sont élaborées afin de maintenir, de retrouver un équilibre sans cesse à réinventer.

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Le paiement symbolique, monnaie du désir
Daniel Puskas

L’intervention dans le réseau de la santé et des services sociaux présente des difficultés inhérentes au contexte particulier dans lequel elle s’effectue. Les auteurs exposent d’abord au niveau des concepts la notion de paiement symbolique, qui vient résoudre une partie de ces difficultés, le tout étayé de quelques vignettes cliniques. Enfin, en conclusion, quelques pistes de réflexion sont données un vue d’une conceptualisation plus approfondie de cet outil clinique.

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La dépression post-natale : les facteurs socio-environnementaux
Louise Séguin, Louise Cossette

Au cours des semaines et des mois qui suivent la naissance, de 10 % à 20 % des mères présentent des symptômes dépressifs modérés ou graves. Cet état de détresse psychologique influe sur l’interaction de la mère avec son nourrisson et peut modifier à plus long terme le développement de l’enfant. Les études récentes associent de plus en plus ces symptômes aux stresseurs psycho-sociaux et environnementaux. Une meilleure compréhension de l’effet du stress et du soutien social sur la santé mentale des mères s’avère essentielle à la mise en place d’interventions de promotion et de prévention pertinentes et efficaces.

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Les relations parents-enfants dans un contexte d’immigration. Ce que nous savons et ce que nous devrions savoir
Colette Sabatier

Cet article est une mise au point de connaissances actuelles et potentielles sur les relations parents-enfants dans un contexte d’immigration et son impact sur l’épanouissement de l’enfant. Il comprend en première partie un bilan des recherches empiriques et une analyse des critiques formulées par les chercheurs compétents dans ce domaine. La seconde partie s’appuie sur des études provenant d’autres champs disciplinaires que la psychologie de l’enfant. Elle propose d’autres avenues de recherche que la simple comparaison interculturelle et souligne les réels enjeux de l’immigration sur les relations familiales, la complexité de la tâche parentale en situation d’immigration, son dynamisme ainsi que les adaptations qui lui sont nécessaires. On décrit ainsi plus spécifiquement le rôle des contextes culturels et écologiques, les doubles influences culturelles auxquelles sont soumis les parents, les difficultés reliées à la transition et les attitudes d’acculturation des parents.

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La maturescence : période critique d’âge entre 40-65 ans. Santé, maladie, vieillissement et âges sociaux
Maryvonne Gognalons-Nicolet, Anne Bardet Blochet

L’apparition récente d’une période critique d’âge, située entre 40 et 65 ans, et appelée la maturescence, est un produit de la vie sociale des sociétés industrielles. Comme carrefour du vieillissement, cette période d’âge n’est pas liée à un âge chronologique précis (cap de la quarantaine ou de la cinquantaine), mais davantage à des difficultés d’âge social associées à des conflits d’identité, à mettre en rapport avec des problèmes spécifiques de santé, de maladie, propres aux effets du vieillissement.

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Le rôle de la relation conjugale dans l’abus et la négligence d’enfants. Vers une étude écologique
Marc-André Provost, Joanne Dubé

Le phénomène de l’abus et de la négligence d’enfants a toujours été répandu dans la société occidentale. Or, ce n’est que récemment que cliniciens et chercheurs se sont sérieusement penchés sur ces problèmes. Cet intérêt, sans cesse grandissant, a été suscité non seulement par le nombre impressionnant de cas signalés chaque année, mais encore par l’ampleur et la gravité des conséquences observables chez les enfants. Plusieurs professionnels intéressés par cette question ont proposé une multitude de facteurs étiologiques pour expliquer les abus et la négligence au sein d’une famille. Cependant, lorsque nous évaluons les modèles théoriques offerts (psychiatrique-psychologique, sociologique, systémique), il ressort que certains facteurs simples peuvent jouer un rôle important, comme par exemple l’histoire du développement des parents, la qualité de la relation conjugale, la relation parents-enfants, le stress et l’étendue du réseau social, mais aucun d’entre eux ne différencie parfaitement les familles abusives des familles non abusives. Il semble toutefois que ces différents facteurs explicatifs présenteraient une grande valeur s’ils étaient considérés en interaction plutôt qu’individuellement. S’inspirant du cadre écologique de Bronfenbrenner (1977, 1979), Belsky (1980, 1984) ainsi que Cicchetti et Rizley (1981) ont d’ailleurs élaboré un modèle qui tient compte simultanément de tous ces facteurs et de leur interaction.

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Le nouveau-né et le couple : adversaires ou partenaires ?
Marc-André Provost, Serge Tremblay

Nous acceptons généralement l’idée que la venue planifiée d’un premier enfant est source de joie pour les nouveaux parents et qu’elle fait naître aussi chez eux un sentiment d’accomplissement. Traditionnellement, la société considére d’un bon œil le passage à ce nouveau rôle que constitue la formation d’une cellule familiale. Or, non seulement la recherche sur les relations conjugales a-t-elle mis de côté le romantisme de l’imagerie populaire, mais elle a petit à petit développé une idée négative de cette crise de transition. L’objectif de cet article est donc de faire d’abord une recension des écrits traitant de l’effet de la venue d’un premier enfant sur le vécu conjugal et de nuancer l’aspect de crise que cette première naissance peut avoir sur le couple. Nous concluons qu’il faudrait peut-être repenser le concept de satisfaction conjugale. À la lumière de notre rapide survol de la documentation, ce concept semble trop restreint et quelque peu confus. En effet, les chercheurs ne s’entendent pas encore sur une même définition de la satisfaction conjugale et opérationnalisent le concept de satisfaction conjugale de manières parfois très différentes. Il en résulte beaucoup de confusion, d’autant plus que plusieurs termes ont été utilisés comme synonymes de satisfaction. En outre, l’évaluation de la qualité de la relation ne doit pas se restreindre à celle de la satisfaction des deux partenaires. D’autres dimensions (cf. ajustement, engagement, cohésion, etc.) devraient être considérées pour donner une image plus exacte des changements qui s’opèrent à l’intérieur du couple au cours des années.

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L’influence des conflits conjuguaux sur l’enfant : revue des recherches, des théories et des pratiques
Marc Bigras, Diane Dubeau, Peter Lafreniere

Les phénomènes démographiques qui affectent la famille depuis trois décennies ont soulevé un nouvel intérêt pour l’étude de l’influence de la relation conjugale sur le développement psychosocial de l’enfant. Dans un premier temps, nous décrirons brièvement l’état actuel des connaissances scientifiques quant à l’effet des conflits conjugaux sur l’adaptation psychosociale de l’enfant. Dans un deuxième temps, au-delà du constat d’un effet négatif des conflits conjugaux sur l’enfant, il sera question des théories et des concepts qui peuvent expliquer cette covariation surtout en regard des problèmes spécifiques chez l’enfant. La troisième partie sera consacrée aux travaux des cliniciens. Nous ferons une revue de leurs succès et des obstacles qui restent à surmonter lorsqu’il s’agit de prévenir les difficultés chez l’enfant ou encore de soutenir les familles déjà touchées par les conflits conjugaux.

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Le thérapeute conjugal est un cheval de Troie : Réflexions inspirées des résultats de recherches sur l’intervention auprès des couples
Jean-Marie Boisvert, Madeleine Beaudry

L’entraînement à la communication et l’entraînement aux échanges positifs sont les deux méthodes d’intervention conjugale dont l’efficacité est la plus clairement établie au niveau de la recherche. Toutefois, même après une thérapie de couple basée sur ces méthodes, trop peu de couples (35 %) se retrouvent au même niveau que les couples satisfaits de leur relation. Les efforts entrepris pour augmenter ce taux ont porté principalement sur l’élaboration de nouvelles techniques thérapeutiques, notamment à partir des approches cognitive, émotive et systémique. Mais les résultats des études expérimentales faites jusqu’à présent ne prouvent pas la supériorité de ces nouvelles approches. Étant donné cette situation, il est sans doute temps de porter davantage attention aux caractéristiques particulières de la relation thérapeutique en thérapie de couple et aux moyens d’obtenir la collaboration des deux conjoints. Comme l’affirment certains auteurs, la tâche clinique la plus difficile ne consiste sans doute pas à trouver ce que les clients doivent faire pour résoudre leurs problèmes, mais plutôt à déterminer comment les motiver et les aider à le faire. Une analyse de cette tâche à partir d’observations cliniques et des résultats de recherches récentes dans le domaine permet de poser des hypothèses sur les moyens de faciliter l’alliance thérapeutique et de diminuer éventuellement le taux d’échec en thérapie conjugale.

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