Volume XVII, Numéro 1, Printemps 1992
Dossier : Sida et santé mentale
Jean Gaudreau, Aurore, l’enfant martyre. Essai sur la violence faite aux enfants, p.55
José Luis Fabian, Répercussions psychiatriques de l’infection VIH - Mise à jour, p.235
Marc Pelchat, L’accompagnement spirituel de la personne séropositive ou sidéenne, p.249
De la psychothérapie de l’enfant incestué : les dangers d’un viol psychique
Hubert Van Gijseghem, Louisianne Gauthier
Il semble exister aujourd’hui un consensus selon lequel l’enfant incestué ou abusé sexuellement doit être dirigé en psychothérapie afin de l’aider à mettre en mots le trauma et ainsi l’exorciser voire l’exciser. Les présents auteurs dénoncent la généralisation de cette pratique. Ils soulignent que, pour beaucoup d’enfants, la réparation passe davantage par la « répression » (au sens psychanalytique du terme). L’intervenant, après avoir recueilli un dévoilement, aurait donc intérêt à mettre en place des conditions thérapeutiques grâce auxquelles l’enfant peut retourner l’événement au secret et passer à « autre chose ».
L’évolution de la garde de l’enfant après la séparation des parents
Jacques Drolet, Richard Cloutier
Au moment de la séparation des parents, la famille amorce un processus de réorganisation, impliquant le choix d’une formule de garde, ce qui constitue une étape majeure dont dépendra le futur milieu de vie de l’enfant. Il semble, cependant, que dans le contexte difficile de la séparation, les décisions concernant la garde de l’enfant soient souvent prises à l’improviste, sans vraiment considérer toutes les options possibles. Aussi, le profil de la famille, tel qu’il se présente au moment de la séparation, se transformera suivant la situation des enfants et des parents. Le choix de garde retenu pour un enfant de trois ans pourra se révéler inadéquat lorsqu’il atteindra huit ans. Dans quelle mesure la formule de garde évolue-t-elle pour s’ajuster aux nouveaux besoins des enfants et des parents ? C’est à cette question que la présente étude tentera de répondre. L’enquête a été réalisée auprès de 112 familles ayant vécu la séparation, en moyenne depuis quatre ans et trois mois, et comptant des enfants âgés de 10 ans (N = 49) ou des adolescents et adolescentes de 15 ans (N = 63). Les données proviennent d’un questionnaire téléphonique administré au parent considéré comme le principal responsable de l’enfant. On y observe deux formes de changements, mineurs et majeurs, dépendant de la formule de garde initiale, du temps écoulé depuis la séparation, de l’âge de l’enfant et de la restructuration familiale. Les réponses au questionnaire font ressortir trois tendances importantes : a) les ententes de départ sur la garde des enfants se modifient peu avec le temps ; b) les changements, lorsqu’ils s’imposent, sont surtout suscités par les besoins des parents et c) les changements ont pour effet principal de diminuer les contacts entre l’enfant et le parent qui n’en assume pas la garde.
Aurore, l’enfant martyre. Essai sur la violence faite aux enfants
Jean Gaudreau
Ressortir de la petite histoire récente du Québec rural ce drame-symbole de l’enfant martyre que fut Aurore Gagnon : cela n’est pas sans provoquer, dans une perspective systémique en tout cas, des réflexions et une mise en perspective qui vont bien au-delà des généralités auxquelles ce genre de récit donne habituellement lieu. On voit bien, par exemple, que le comportement de la belle-mère d’Aurore, pour aberrant qu’il soit, n’en est pas moins surdéterminé par un ensemble de circonstances du milieu. Les conditions sociales d’aujourd’hui ne ressemblent guère à celles de naguère ; il n’empêche que, certains facteurs étant réunis, les enfants, qui sont pourtant notre bien le plus précieux, continuent d’être en danger en présence de leurs propres parents.
Détresse psychologique chez les personnes atteintes du VIH à Montréal
Donna L. Lamping, Lawrence Joseph, Bill Ryan, Norbert Gilmore
Le présent article décrit les préoccupations psychologiques reliées au VIH dans un échantillon montréalais de 128 personnes atteintes du virus, qui ont participé à une enquête nationale plus large sur les besoins et les services en santé mentale en rapport avec cette infection au Canada. Nous avons examiné les problèmes psychologiques causés par le VIH à Montréal, en comparaison d’autres villes du Canada, et dans divers sous-groupes définis selon le sexe, l’âge, le diagnostic et le facteur de risque. Les résultats montrent que même si l’infection au VIH a de fortes et profondes incidences sur la santé mentale, il existe des différences dans les genres de préoccupations et de problèmes qui affligent des groupes particuliers de répondants montréalais. L’incertitude de l’avenir et l’incapacité de réaliser ses buts dans la vie, ainsi que des sentiments d’impuissance et de peur face aux conséquences neurologiques virtuelles du VIH, étaient des sources majeures de détresse psychologique. Les sentiments de dépression, d’anxiété et de colère, de même que les inquiétudes soulevées par une détérioration physique croissante, la douleur, le danger d’infecter autrui, la confidentialité et la situation financière, étaient des sujets d’angoisse prédominants parmi les sous-groupes étudiés. Les différences entre les répondants en termes de sources de revenu, d’âge et de sexe et, dans une moindre mesure, de diagnostic et de facteur de risque, étaient associées à des niveaux variables de détresse psychologique. Bien que les répondants de Montréal (et de Vancouver) étaient moins angoissés que ceux de Toronto et de Halifax, cette divergence semblait tenir principalement à des différences d’âge et de revenu. Les données de l’enquête pourront servir aux décideurs et aux planificateurs du domaine de la santé à mettre au point les services nécessaires pour répondre aux besoins psychologiques des adultes atteints du VIH.
Les conséquences du sida dans la vie des hémophiles et de leurs soignants familiaux au Québec : stress, réponse au stress et soutien social
Géraldine Hart, Karen Mann, Miriam Stewart
Le présent article présente les résultats de l’échantillon québécois d’une enquête nationale sur les besoins de soutien des hémophiles atteints du sida ou du VIH. Portant aussi sur les besoins des soignants et des proches (endeuillés ou non) de ces personnes, cette enquête se fondait sur une problématique qui considère le soutien social comme un moyen de faire face au stress. Les participants ont signalé avoir éprouvé plus de stress à cause de l’absence de soutien ou d’un soutien négatif que par suite de la détérioration physique due à la maladie. La question de la confidentialité a été fréquemment soulevée. En général, les participants se sont déclarés satisfaits du soutien reçu, surtout de la part des membres de leurs familles.
Le vécu et l’implication d’aidants naturels de personnes vivant avec le VIH
Michel Perreault, Natalie Savard
Une recherche à devis qualitatif effectuée à Montréal de mars à juillet 1990 visait à connaître l’expérience et les besoins d’aidants naturels de personnes vivant avec le VIH afin de mieux orienter les services du Centre Pierre-Hénault créé par des aidants naturels. Dix-huit personnes se sont portées volontaires pour des entrevues en profondeur, dont neuf s’occupant de personnes ayant un sida déclaré, quatre, de personnes séropositives et cinq, de personnes maintenant décédées des suites du VIH. Il s’avère que les risques d’isolement qui menacent les aidants naturels en général sont plus élevés dans le cas des aidants de personnes vivant avec le VIH. Même si la recherche retrouve des traits fondamentaux que partagent d’autres types d’aidants, ceux de personnes vivant avec le VIH présentent des spécificités liées au caractère tabou et stigmatisant du sida et à la perte rapide et imprévue d’êtres jeunes.
Intervention psychosociale auprès des personnes infectées par le VIH
Marc A. Hamel, Linda Edgar, Robert Darsigny, Donna L. Lamping
Nous décrivons ici un programme d’intervention psychosociale conçu pour mieux traiter le stress associé à l’infection du VIH. Le programme d’intervention NUCARE se fonde sur six composantes : restructuration cognitive, résolution de problèmes, relaxation, détermination d’objectifs, soutien social et utilisation de ressources et de services. Nous décrivons ici la logique et le développement de l’intervention, et présentons des exemples concrets pour illustrer les avantages de chacune de ses composantes.
Particularités de l’intervention de crise auprès de personnes séropositives ou la crise existentielle de VIH
Pierre Ritchot, Pierrette Sauriol
Cet article présente une vision de l’intervention de crise auprès de personnes séropositives selon une approche inspirée de la psychologie existentielle. Les personnes intervenantes doivent considérer l’intervention de crise en matière de séropositivité en explorant la relation étroite existant entre la vie et la mort. Elles doivent investiguer les interrelations avec les dimensions du temps, de l’espace, du monde et du corps telles qu’élaborées. Elles doivent aussi examiner la spécificité de l’expérience de la séropositivité chez les diverses clientèles infectées. L’accueil, l’urgence des problématiques et la complémentarité thérapeutique doivent être considérés comme les principales balises d’intervention de crise en matière de séropositivité et ce, en considérant les multiples expériences de vie particulières de chacune des personnes consultantes. Ce type d’intervention oblige la personne intervenante en relation d’aide à se questionner sur ses propres attitudes par rapport au phénomène abordé. Enfin, la vie avec l’infection peut aussi permettre à certaines personnes intervenantes et consultantes l’exploitation de possibles bénéfices insoupçonnés.
Les effets de l’infection périnatale au virus HIV sur le développement du comportement d’adaptation
Debbie Minden, Mary Lou Smith, Charles Netley
La présente étude porte sur le développement des fonctions d’adaptation chez neuf enfants séropositifs et neuf enfants séronégatifs, dont l’âge allait de trois mois à six ans et neuf mois. Les deux groupes montraient un développement normal du comportement d’adaptation avant l’âge de deux ans ; après cet âge, le groupe séropositif était handicapé dans tous les aspects du fonctionnement. Les résultats de l’enquête sont examinés dans l’optique des besoins des enfants atteints et de leurs familles.
Facteurs psychosociaux influençant l’intention des femmes infectées par le VIH d’avoir un enfant : étude de douze cas
Carole Levasseur, Raynald Pineault, Catherine Hankins
Cette étude documente les facteurs qui influencent l’intention d’avoir un enfant parmi 12 femmes en âge de procréer infectées par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) dans les trois prochaines années. Trois de ces femmes ont l’intention d’avoir un enfant. Leur intention est influencée par leurs croyances et leurs attitudes positives envers le fait d’avoir un enfant, l’influence positive du conjoint, l’absence des enfants auprès d’elle, la négation de la maladie et l’absence de symptômes dans la famille. Pour les neuf autres femmes, le contexte sociopolitique et économique, la famille déjà complète, le fait d’être séropositive ou d’être malade, la peur de transmettre l’infection et le décès d’enfants sidéens ont influencé leur intention de ne pas avoir d’enfant.
Les besoins sexuels des hommes homosexuels séropositifs au VIH
André Dupras, Richard Morriset
L’identification des besoins sexuels d’un groupe d’hommes homosexuels séropositifs a été réalisée en deux étapes : une entrevue avec 30 hommes visant à définir leurs objectifs de santé sexuelle, suivie d’un questionnaire administré à 88 hommes séropositifs et à 173 hommes séronégatifs qui ont évalué ces objectifs. Les analyses statistiques des données recueillies ont permis d’identifier et de circonscrire quatre besoins prioritaires : être en bonne santé, être amoureux, être sexuel et, à un degré moindre, être sécuritaire. La discussion des résultats met en relief le rôle joué par l’inconfort biologique, psychologique et sociologique dans le contexte des difficultés des hommes homosexuels séropositifs à combler leurs besoins sexuels. Le contenu de cette évaluation peut être utile pour la planification et l’implantation de services sexologiques destinés aux personnes séropositives.
Qualité relationnelle des couples gais et conduites sexuelles à risque
Danielle Julien, Tereza Pizzamiglio, Mathilde Brault, Sophie Léveillé
La présente étude teste l’hypothèse suivant laquelle la qualité relationnelle des couples gais est positivement associée à l’adoption de conduites sexuelles à risque réduit, dans les situations de monogamie et de non-monogamie. Des mesures d’ajustement relationnel et de comportements sexuels sont recueillies auprès de 29 couples (58 hommes) homosexuels de la région de Montréal. Conformément à l’hypothèse, la distribution des couples selon un index multifactoriel de risque indique une relation entre la satisfaction de couple et le niveau de risque encourue dans les relations sexuelles à l’intérieur et à l’extérieur du couple. Les résultats sont discutés à la lumière des données existantes sur la relation santé qualité relationnelle chez les couples hétérosexuels.
Répercussions psychiatriques de l’infection VIH
José Luis Fabian
Les personnes infectées par le VIH présentent une vulnérabilité aux complications psychologiques et neuropsychiatriques. L’état actuel des connaissances indique que les syndromes cérébraux organiques et les troubles d’adaptation sont parmi les complications les plus fréquentes nécessitant une intervention psychiatrique. Les troubles affectifs sont une autre complication possible. L’auteur fait une mise à jour des connaissances actuelles sur la nature de ces troubles et leur traitement.
L’accompagnement spirituel de la personne séropositive ou sidéenne
Marc Pelchat
Les expériences limites de l’existence ont longtemps été considérées comme le domaine de la religion : au Québec, encore récemment, il revenait surtout à l’Église catholique d’en faire la gestion symbolique. Aujourd’hui, la référence religieuse n’est pas disparue, mais a subi un double processus de privatisation et de diversification. Plusieurs systèmes de croyance, religieuse ou séculière, se proposent pour la recherche de sens. Ces approches ont-elles quelque chose de pertinent à offrir aux malades en général et aux personnes infectées par le VIH en particulier, ainsi qu’aux divers intervenants ? L’accompagnement des personnes séropositives ou sidéennes dans leur quête de sens et dans leur lutte contre les forces négatrices de la vie fait nécessairement appel à la dynamique spirituelle de la personne. Ce travail indispensable n’a pas à déboucher obligatoirement sur un crédo religieux traditionnel, mais « croire à la quête de sens » devient un impératif pour tous ceux qui sont concernés par le sida, ainsi que le montre cette réflexion critique sur l’accompagnement spirituel en contexte de maladie et de souffrance.


