"Dis-moi
qui tuer ?"
Violence dans le social et en situation thérapeutique
PRÉSENTATION
hélène richard
Mais il faut bien se rendre à lévidence :
ce côté inhumain fait partie de lhumain. Tant quon ne reconnaîtra pas que
linhumanité est chose humaine, on restera dans le mensonge pieux.
Romain Gary
La violence est vieille comme le monde. Filigrane
sest demandé ce qui caractérise celle qui se déploie dans le social en cette fin
de siècle, et de quelle façon elle simmisce dans la situation thérapeutique.
La fin du XXe siècle est marquée en Occident par
lendettement des pays et la misère matérielle de couches grandissantes de
populations. Quel impact ce manque réel a-t-il sur les rapports sociaux et sur le
fonctionnement psychique individuel ? Quels effets, par exemple, lhypermoralisme
(les intégrismes, le politically correctness ), qui accompagne cet appauvrissement
matériel, a-t-il sur la capacité des individus à symboliser la réalité, à la
subjectiver ? Par ailleurs, face à cette violence par le manque, on trouve aussi dans le
social une violence par le trop. Ainsi, la diffusion médiatique dévénements
violents, surgissant aux quatre coins de la planète, fait effraction quotidiennement dans
notre vie privée. Quels sont les effets de cette violence sur le fonctionnement psychique
individuel ? Car, il faut le dire, cette diffusion et son immédiateté : "en
direct" -fruits de lessor des technosciences- font violence par la concrétude
des images médiatisées qui captent le spectateur sans quelles ne soient
accompagnées, la plupart du temps, dune parole permettant lactivité de
liaison, de pensée. Il en va de même, autre exemple de violence par le trop, pour
linvestissement croissant de la réalité virtuelle fournie par les jeux vidéos et
le réseau Internet. Quels effets lexcitation suscitée par le virtuel a-t-elle, à
long terme, sur les rapports objectaux, sur la subjectivation de lindividu ?
Dautre part, quelles violences recèle la
situation psychanalytique, cette talking cure, ce lieu délaboration
psychique ? Peut-on penser que la violence se retrouve non seulement dans la relation
transféro-contretransférentielle mais aussi dans le processus thérapeutique lui-même?
Comment se porte aujourdhui "la violence de linterprétation" ? Les
aménagements techniques apportés à la cure-type pour une certaine catégorie de
patients, dans la première partie du XXe siècle, conviennent-ils toujours aux patients
typiques de cette fin de siècle ? Quelle place la psychanalyse et ses cliniciens
font-ils, aujourdhui, aux problèmes liés aux difficultés de représentation, tels
que les agirs, la somatisation ? Dans quelle mesure la neutralité
"bienveillante" du clinicien ne se fait-elle pas, encore maintenant,
"bienviolente" ? En fait, quen est-il de la pulsion demprise dans la
situation thérapeutique? Comment sarticulent masochisme, sadisme et haine dans
cette relation ?
À toutes ces questions, les auteurs sollicités ont
choisi de répondre de la manière suivante :
Francis Maqueda, Lucia
Scrimini, Marta
lHoste, Elena de la Aldea, Farzad Zaré-Bawani et Marie Hazan, de même que Thierry
Hentsch, traitent de la violence sociale, que ce soit pour souligner les séquelles
psychiques laissées par le terrorisme détat, la guerre et la torture, ou, comme
Thierry Hentsch, pour dénoncer la violence quotidienne et insidieuse commise au nom de la
raison moderne.
Patrick Cady, Elena de la Aldea et Marta
LHoste, pour leur part, examinent le travail de contre-transfert rendant possible la
réparation des liens psychiques dans les cas de souffrances liées à une problématique
de violence. Ils soulignent soit limportance de la prise en compte dune
culpabilité archaïque universelle, soit celle doutils de désintrication
transférentielle et délaboration secondaire tels lécriture et, dans les cas
de violence détat, limplication sociale.
Philippe Jeammet et Nora
Dembri, eux, étudient la
violence individuelle, lun pour en retracer la psychogenèse dans les carences
narcissiques, lautre pour décrire une technique psychothérapique visant à
endiguer les agirs homicides.
Dans un texte de fiction littéraire, Suzanne Jacob,
quant à elle, décrit avec acuité leffet déstructurant de la terreur chez une
enfant, témoin de violence familiale.
Par ailleurs, la plupart des auteurs : Patrick
Cady,
Elena de la Aldea, Nora Dembri, Suzanne Jacob, Philippe Jeammet, Marta LHoste,
Francis Maqueda, Farzad Zaré-Bawani et Marie Hazan, traitent du bris dans la fonction de
représentation psychique causé par leffraction des traumatismes de la violence,
que ce soit pour parler de linscription de ceux-ci dans le soma, ou pour signaler
les dommages causés à diverses fonctions moïques.
Enfin, notons en terminant que pas un des auteurs
sollicités na choisi de travailler sur le thème de la haine qui faisait aussi
partie de largument que nous leur avions fait parvenir. Est-ce dû au fait que la
violence représente un "péril en la demeure" et quà ce titre elle
soulève une plus grande urgence délaboration, alors que la haine, elle, bien
quelle puisse lêtre parfois, ne représente pas en soi un tel danger pour le
Moi ?
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