Printemps 2008
Le volume 17, numéro 1 bientôt en librairie

filigr@ne est un site Web consacré à la psychanalyse. Il se veut un complément à la revue filigrane et vise surtout à favoriser les échanges et le dialogue avec les lecteurs.

"Dis-moi qui tuer ?"
Violence dans le social et en situation thérapeutique

 

PRÉSENTATION

hélène richard

 

Mais il faut bien se rendre à l’évidence : ce côté inhumain fait partie de l’humain. Tant qu’on ne reconnaîtra pas que l’inhumanité est chose humaine, on restera dans le mensonge pieux.

Romain Gary

 

La violence est vieille comme le monde. Filigrane s’est demandé ce qui caractérise celle qui se déploie dans le social en cette fin de siècle, et de quelle façon elle s’immisce dans la situation thérapeutique.

 

La fin du XXe siècle est marquée en Occident par l’endettement des pays et la misère matérielle de couches grandissantes de populations. Quel impact ce manque réel a-t-il sur les rapports sociaux et sur le fonctionnement psychique individuel ? Quels effets, par exemple, l’hypermoralisme (les intégrismes, le politically correctness ), qui accompagne cet appauvrissement matériel, a-t-il sur la capacité des individus à symboliser la réalité, à la subjectiver ? Par ailleurs, face à cette violence par le manque, on trouve aussi dans le social une violence par le trop. Ainsi, la diffusion médiatique d’événements violents, surgissant aux quatre coins de la planète, fait effraction quotidiennement dans notre vie privée. Quels sont les effets de cette violence sur le fonctionnement psychique individuel ? Car, il faut le dire, cette diffusion et son immédiateté : "en direct" -fruits de l’essor des technosciences- font violence par la concrétude des images médiatisées qui captent le spectateur sans qu’elles ne soient accompagnées, la plupart du temps, d’une parole permettant l’activité de liaison, de pensée. Il en va de même, autre exemple de violence par le trop, pour l’investissement croissant de la réalité virtuelle fournie par les jeux vidéos et le réseau Internet. Quels effets l’excitation suscitée par le virtuel a-t-elle, à long terme, sur les rapports objectaux, sur la subjectivation de l’individu ?

 

D’autre part, quelles violences recèle la situation psychanalytique, cette talking cure, ce lieu d’élaboration psychique ? Peut-on penser que la violence se retrouve non seulement dans la relation transféro-contretransférentielle mais aussi dans le processus thérapeutique lui-même? Comment se porte aujourd’hui "la violence de l’interprétation" ? Les aménagements techniques apportés à la cure-type pour une certaine catégorie de patients, dans la première partie du XXe siècle, conviennent-ils toujours aux patients typiques de cette fin de siècle ? Quelle place la psychanalyse et ses cliniciens font-ils, aujourd’hui, aux problèmes liés aux difficultés de représentation, tels que les agirs, la somatisation ? Dans quelle mesure la neutralité "bienveillante" du clinicien ne se fait-elle pas, encore maintenant, "bienviolente" ? En fait, qu’en est-il de la pulsion d’emprise dans la situation thérapeutique? Comment s’articulent masochisme, sadisme et haine dans cette relation ?

 

À toutes ces questions, les auteurs sollicités ont choisi de répondre de la manière suivante :

  • Francis Maqueda, Lucia Scrimini, Marta l’Hoste, Elena de la Aldea, Farzad Zaré-Bawani et Marie Hazan, de même que Thierry Hentsch, traitent de la violence sociale, que ce soit pour souligner les séquelles psychiques laissées par le terrorisme d’état, la guerre et la torture, ou, comme Thierry Hentsch, pour dénoncer la violence quotidienne et insidieuse commise au nom de la raison moderne.

  • Patrick Cady, Elena de la Aldea et Marta L’Hoste, pour leur part, examinent le travail de contre-transfert rendant possible la réparation des liens psychiques dans les cas de souffrances liées à une problématique de violence. Ils soulignent soit l’importance de la prise en compte d’une culpabilité archaïque universelle, soit celle d’outils de désintrication transférentielle et d’élaboration secondaire tels l’écriture et, dans les cas de violence d’état, l’implication sociale.

  • Philippe Jeammet et Nora Dembri, eux, étudient la violence individuelle, l’un pour en retracer la psychogenèse dans les carences narcissiques, l‘autre pour décrire une technique psychothérapique visant à endiguer les agirs homicides.

Dans un texte de fiction littéraire, Suzanne Jacob, quant à elle, décrit avec acuité l’effet déstructurant de la terreur chez une enfant, témoin de violence familiale.

 

Par ailleurs, la plupart des auteurs : Patrick Cady, Elena de la Aldea, Nora Dembri, Suzanne Jacob, Philippe Jeammet, Marta L’Hoste, Francis Maqueda, Farzad Zaré-Bawani et Marie Hazan, traitent du bris dans la fonction de représentation psychique causé par l’effraction des traumatismes de la violence, que ce soit pour parler de l’inscription de ceux-ci dans le soma, ou pour signaler les dommages causés à diverses fonctions moïques.

 

Enfin, notons en terminant que pas un des auteurs sollicités n’a choisi de travailler sur le thème de la haine qui faisait aussi partie de l’argument que nous leur avions fait parvenir. Est-ce dû au fait que la violence représente un "péril en la demeure" et qu’à ce titre elle soulève une plus grande urgence d’élaboration, alors que la haine, elle, bien qu’elle puisse l’être parfois, ne représente pas en soi un tel danger pour le Moi ?

 

 

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