Transmission,
filiation et institution psychanalytique :
Rencontre avec François Péraldi
Marie Hazan
C'est comme une histoire d'amour
qui se termine. Tu pars de
ton côté et moi du mien.
François Peraldi,
17 février 1993.
1- François Péraldi
Printemps 1992. Nous déjeunions chez
lui. François Peraldi avait préparé un repas copieux et nourrissant "qui tient au
corps", en un mot, maternel... Il aimait à recevoir, à inviter, à partager les
bonnes nourritures et à en offrir, chez lui et au restaurant. Nous parlions de la
chronique familiale qu'il écrivait et je lui racontai mes démêlés avec le
"contre-transfert" d'une analyste parisienne. Il écouta attentivement et, avec
son grand rire, me dit : "Ça te donne une idée du transfert que tu suscites",
ajoutant que je lui rappelais d'une certaine manière Dolto - "son bon côté!"-
et qu'il avait lui-même été parfois tenté de me parler. Ce jour-là, pour la première
fois, je sentis une grande aisance et l'inhibition qui m'envahissait quelquefois encore
-quoique rarement- s'envola. Sa réponse, très gratifiante, sonnait comme une
reconnaissance, la promesse d'une relation différente, voilant à peine quelque chose de
sa demande, d'une parole en souffrance sur son retrait de la scène psychanalytique
montréalaise, mais aussi américaine et parisienne, mais il n'en dit pas plus. Je pensais
que nous avions du temps devant nous... Il était encore plein de vie, son grand rire
résonnait dans sa salle à manger et une sorte de détachement de sa situation et de son
corps semblait lui donner une certaine légèreté...
Fidèle à cette parole, je parlerai
donc d'abord du transfert qu'il suscitait en moi. La première fois que j'ai entendu
François Peraldi, c'était peu de temps après mon arrivée au Québec, en 1979, à un
colloque organisé à l'UQAM, par le Département d'Etudes Littéraires. Il prit la
parole, intervenant de façon flamboyante et pamphlétaire, un style qui allait me devenir
familier.
Il suscita alors en moi des réactions
transférentielles immédiates. En tentant de les démêler dans l'après-coup, il me
semble qu'elles contenaient en germe les éléments qui allaient constituer la trame du
tissu relationnel qui se construisit entre nous pendant les années qui suivirent :
Une fascination pour sa pensée et pour cet élan,
cette force, cette puissance d'investissement dans son travail, dans ses prises de parole.
Une certaine complicité et une familiarité agréable -quoique limitée par une
frontière infranchissable- se développa au cours des ans, malgré nos différences
multiples.
Une inhibition face à ce qui de sa pensée
semblait à la fois si séduisant et si catégorique. J'ai commencé à suivre son
séminaire peu de temps après, et j'ai fréquenté ce lieu pendant plusieurs années,
quoiqu'avec des moments de retrait liés à cette difficulté d'y prendre la parole ainsi
qu'à mon impossibilité à l'écouter sur certains thèmes. Malgré cette constance au
cours des ans, je n'étais pas la seule à ressentir cette paralysie, qui engendrait
quelquefois des silences pesants dont plusieurs peuvent témoigner, et qui le rendaient
lui-même malheureux.
La nécessité de mettre une distance, des
garde-fous entre lui et moi et je me dis immédiatement que je ne serais jamais son
analysante. J'imagine que c'est dans un mouvement aussi immédiat que certains pouvaient
décider, en l'entendant, de lui faire une demande d'analyse.
Il était d'ailleurs l'analyste depuis plusieurs
années d'un de mes proches, ce dont nous ne parlâmes jamais. Il savait que je savais
qu'il était l'analyste de plusieurs amis, copains ou connaissances, dont des proches avec
qui je travaillais. Cette situation me troublait et je lui relançais périodiquement la
question des effets de ces interférences, mais il disait ne pas avoir de réponse à
cette question.
Dans ce contexte, j'ai plus ou moins
joué un rôle de messagère entre lui et les cartels, ce qui n'alla pas sans douleur,
jusqu'au moment où, en février 1992, je me retirai du Réseau des Cartels.
Je me suis promis avant décrire
ce texte de ne pas faire l'éloge funèbre de François Peraldi : soulignant de couleurs
trop vives ses beaux traits et gommant ses défauts pour en arriver à un portrait
standardisé. Il était trop peu conformiste pour cela, mais aussi trop vivant, flamboyant
et ... gai pour cela!
Je dirai donc, pour finir, qu'il
pouvait être injustement féroce et provocateur et que malgré ses dénégations il avait
une capacité redoutable à faire taire ses adversaires supposés...
Septembre 1992. La terrasse de Chez
Gautier, où il était un habitué, une des dernières belles journées de l'été. De
celles qui rendent nostalgiques. L'idée de l'interview m'était venue alors que les
rumeurs concernant son départ pour la France, ainsi que celle de ses "problèmes de
santé", comme il aimait à le dire pudiquement, couraient. Il devait partir vivre en
France, aux alentours de Noël, ou plutôt y mourir... Je proposai à François mon
projet, qu'il accepta avec enthousiasme. Ce fut la dernière fois où je le vis bien
vivant. Amaigri et joyeux , léger et euphorique.
Finalement, la rencontre eut lieu le 24
février 1993. J'avais peut-être laissé traîner les choses, refusant longtemps
d'intégrer l'urgence de la situation. La rencontre a été reportée quelques fois de son
fait, ce qui n'était pas inhabituel dans nos relations. Mais je me demande encore
pourquoi il a accepté de me recevoir si peu de temps avant sa mort et j'ai été très
touchée de la confiance qu'ainsi il me témoignait. J'ajouterai que le fardeau a été
difficile à porter.
Il faut que je dise quelques mots de
cette rencontre et de l'impression qu'elle me laissa. Le premier effet était un choc.
Choc de le voir dans l'état de délabrement physique dans lequel je le trouvai. Mais
surtout, ce qui m'a été le plus difficile à intégrer, c'était sa profonde amertume.
Et ce n'est que dans l'après-coup, grâce à Josette Garon-Léonard avec qui j'en
parlais, que j'ai pu repérer ce qui était le plus angoissant et qui rendait la rencontre
empreinte d'inquiétante étrangeté : ce qui faisait qu'on se demandait si c'était
vraiment lui, c'était que son sourire et bien sûr son beau rire, avaient disparu, sans
parler de sa convivialité.
Par la suite, je pensai que François
Peraldi s'était fait une idée romantique de la mort et peut-être aussi de la sienne,
dont on a l'illustration dans le beau texte qu'il a écrit sur la mort de Franco. Mais au
moment où il approchait sa propre mort, il était dans une très grande colère, dans une
rage amère. Cette amertume peut se lire tout au long du texte de l'interview. D'ailleurs,
d'emblée, quand j'arrivai, à part le fait d'avoir à faire face à sa grande fatigue, à
sa grande faiblesse physique, je dus affronter les premiers mots d'accueil qu'il prononça
:
"De quoi veux-tu que je te parle?
De la psychanalyse? Je n'ai rien à en dire, la psychanalyse me dégoûte..."
Pour finir, un rêve que je fis
quelques jours après sa mort. Il était chez moi, dans ma cuisine et il buvait du lait.
Je regardai le carton, la date était périmée -forcément, puisqu'il était déjà
mort!- et je lui dis : "Mais François, tu ne devrais pas boire de ce lait, il n'est
plus bon, tu vas te faire du mal..."
Il est difficile de s'empêcher de
penser qu'on aurait pu éviter la maladie et la mort d'une personne aimée...
Et comment se prémunir contre la
contamination? La psychanalyse représente-t-elle la peste comme Lacan l'a fait dire à
Freud du bateau accostant le continent américain, une peste moderne?...
II. Questions et méthode
La retranscription de l'interview
comportait de grossières erreurs et a nécessité un travail de correction minutieux.
J'ai écouté les cassettes intégralement sept fois dont une seule en comparant avec le
texte de la retranscription.
Pendant plus d'un an, j'ai lutté avec
des angoisses diverses dont celle de culpabilité. Je trouvais insoutenables mes
interruptions et mes questions sur la filiation et la transmission. Il a fallu que je
renonce à tenter de m'effacer et à "réparer" en réorganisant le texte pour
laisser encore plus de place à François Peraldi...
J'ai donc fini par prendre les
décisions suivantes :
Le texte, étant oral, comportait de nombreuses
phrases laissées en souffrances, des répétitions, des Bon, Hum et autres
onomatopées. J'ai procédé à une "toilette" minimale du texte pour le rendre
plus lisible, en espérant ne pas trop le dénaturer. Mais il ne m'a pas été facile
d'assumer une position subjective et de trancher entre la retranscription absolument
fidèle et impubliable parce que trop fastidieuse et un compromis qui pouvait quelquefois
m'apparaître comme une compromission. En effet, si François Peraldi était encore
vivant, j'aurais pu lui soumettre une série de modifications, dont il aurait disposé. Il
fallait donc accepter de parler de lui tout en prenant acte de son absence...
Rien n'a été coupé du texte, sauf de très
brèves questions ou commentaires de ma part, qui avaient fonction de relance et étaient
souvent prononcées en même temps qu'il parlait...
La structure du texte n'a pas non plus été
modifiée. Il est transcrit comme il a été parlé; je pensais ainsi respecter sa
logique, interne, ainsi que celle de nos échanges et j'ai dû résister à la tentation
de rajouter au début la suite de ce que François Peraldi dit plus loin sur sa formation.
Il a fallu que j'assume mes interruptions...
Ce qui pouvait toucher certaines personnes, après
longue réflexion, n'a pas été coupé. En fait, là aussi j'ai été en proie à de
douloureux dilemmes, mais il était éthiquement difficile de prétendre préserver-qui et
au nom de quoi?- certains passages et pas d'autres, comme il était impossible de prévoir
les effets de ses commentaires et de ses omissions. L'idée d'exercer une censure me
paraissait absurde et insupportable.
Par ailleurs, François Peraldi refuse
très clairement, tout au long de l'interview, de livrer quoique ce soit de
"personnel" ou "d'intime". Par exemple, il ne donne pas le nom de son
analyste et quand il nomme des personnes, paradoxalement, il ne semble pas parler de
relations privées ni régler des comptes personnels. Et surtout, trois semaines avant sa
mort, il ne nomme jamais sa maladie et n'en parle même pas. Et c'était très déroutant
et inquiétant pour moi, alors même que nous savions tous deux que nous ne nous
reverrions plus jamais, qu'il allait bientôt mourir, que j'avais devant mes yeux une
image de lui que lui-même trouvait insoutenable, de le voir attribuer sa distance par
rapport au monde psychanalytique à de toutes autres causes. Il me sembla par la suite que
la déliaison de la pulsion de mort était effectivement à l'uvre, et cela se
manifestait par beaucoup d'amertume et de colère. Cet aspect officiel de sa parole, le
fait qu'il ne se livre pas, du moins pas directement, ainsi que sa grande amertume
pourrait rendre ce texte difficile et peut-être déroutant. Le propos de François
Peraldi par cette interview, concernait-il essentiellement la transmission et la
filiation, au bout du compte?
III. Rencontre avec François Peraldi
Marie Hazan: J'aurais des tas de choses à te
demander, mais tu me diras de quoi tu as envie de parler. J'aurais voulu que tu me parles
de la question de la formation, la tienne, ton arrivée à Montréal, la psychanalyse ici,
mais aussi de la question de la transmission en général et de la communication telle que
tu l'a présentée dans Filigrane .: J'aurais des tas de choses à te
demander, mais tu me diras de quoi tu as envie de parler. J'aurais voulu que tu me parles
de la question de la formation, la tienne, ton arrivée à Montréal, la psychanalyse ici,
mais aussi de la question de la transmission en général et de la communication telle que
tu l'a présentée dans Filigrane .
En fait, ce qui m'a donné l'idée de
cette rencontre, c'est l'interview de Dolto que vous avez publiée, Chantal Maillet et
toi, dans Études Freudiennes.
François Peraldi: Alors, vas-y pose des
questions, je te répondrai.: Alors, vas-y pose des
questions, je te répondrai.
M.H. D'abord, qu'est-ce qui a fait que tu es
devenu analyste? D'abord, qu'est-ce qui a fait que tu es
devenu analyste?
F.P. J'ai toujours voulu travailler avec les
fous, comme on le disait quand j'étais jeune, quand je faisais médecine. Mais à
l'époque, je croyais qu'il fallait faire médecine, psychiatrie et psychanalyse au bout
du chemin. J'ai commencé médecine, ça m'a profondément déplu, je me suis aperçu que
les psychanalystes n'avaient pas grand-chose à voir avec les psychiatres-médecins.
Après une période de flottement, j'ai quitté médecine et je suis rentré en analyse. J'ai toujours voulu travailler avec les
fous, comme on le disait quand j'étais jeune, quand je faisais médecine. Mais à
l'époque, je croyais qu'il fallait faire médecine, psychiatrie et psychanalyse au bout
du chemin. J'ai commencé médecine, ça m'a profondément déplu, je me suis aperçu que
les psychanalystes n'avaient pas grand-chose à voir avec les psychiatres-médecins.
Après une période de flottement, j'ai quitté médecine et je suis rentré en analyse.
J'ai trouvé un travail dans un centre
pour enfants psychotiques et j'ai continué mon analyse avec l'idée de devenir
psychothérapeute d'enfants; je ne sais pas où j'avais pris ça, mais en tout cas...
C'était à l'époque du Treizième, en 1968 avec Lebovici.(Voir la note sur le Treizième
plus loin dans le texte).
J'ai donc fait une première analyse
avec quelqu'un dont le nom importe peu, mais qui faisait partie de la Société
psychanalytique de Paris, l'Internationale. J'ai quitté l'Internationale où j'étais
étudiant quand ils ont refusé d'agréer les contrôles que je demandais de faire. Je
suis passé à l'École Freudienne, où je connaissais des gens, où je suis allé
faire quelques supervisions en tant que supervisé et je suis allé assister à des
séminaires, dont celui de Lacan.
Maintenant, dire profondément, plus
profondément, pourquoi je suis devenu analyste, ce serait à la fois trop long et trop
intime, d'une certaine manière. Je ne sais pas pourquoi on devient psychanalyste.
M.H. Tu disais que la psychanalyse
t'intéressait moins, ou ne t'intéressait plus. Est-ce que cela jette justement un
éclairage différent sur ce qui t'avait d'abord accroché, séduit? Tu disais que la psychanalyse
t'intéressait moins, ou ne t'intéressait plus. Est-ce que cela jette justement un
éclairage différent sur ce qui t'avait d'abord accroché, séduit?
F.P. Non. Ce qui m'a dégoûté de la
psychanalyse, c'est en premier lieu le milieu psychanalytique que je trouve
particulièrement infect, et du coup, tout l'investissement que je pouvais avoir mis dans
la psychanalyse comme mode de réflexion théorique s'est trouvé invalidé par mon manque
de confiance croissant envers le milieu. Alors, du coup, je me suis désinvesti, retiré,
de tout cela. Non. Ce qui m'a dégoûté de la
psychanalyse, c'est en premier lieu le milieu psychanalytique que je trouve
particulièrement infect, et du coup, tout l'investissement que je pouvais avoir mis dans
la psychanalyse comme mode de réflexion théorique s'est trouvé invalidé par mon manque
de confiance croissant envers le milieu. Alors, du coup, je me suis désinvesti, retiré,
de tout cela.
C'est sûr que c'est un ensemble
complexe de choses qui fait qu'on devient analyste : pourquoi je me suis intéressé à
des enfants fous, pourquoi la folie me fascinait, alors qu'il n'y a pas de fous dans la
famille... Je ne sais pas tout ça, j'ai probablement dû travailler cette question dans
mon analyse, mais je ne pense pas que ça ait de l'intérêt. Peut-être que ce qui est le
plus intéressant, c'est comment on le devient.
À l'époque, en France, il y avait
deux moyens, ou bien on rentrait à la Société psychanalytique de Paris,
c'est-à-dire à la Société Internationale, alors on en faisait la demande, ou
bien on rentrait à la toute récente École Freudienne fondée en 1964. Moi j'ai
commencé par la voie sérieuse, parce que j'étais persuadé que plus c'était sérieux,
plus ça devait être emmerdant et les gens du Treizième mimpressionnaient
beaucoup, c'était pour moi une garantie. Les Lebovici, Kestenberg, Diatkine qui y
travaillent ensemble depuis des années, ils sont aussi les premiers à avoir vraiment
fondé une psychiatrie psychanalytique de l'enfant. C'étaient des grandes figures de la
psychanalyse parisienne à ce moment là; Lacan était un peu à part.
En fait, ça n'a pas été des choix
bien réfléchis, mais plutôt des hasards, je suis donc rentré à l'Internationale,
j'en suis ressorti. Je m'entendais mal avec le côté autocratique et hiérarchisé des
gens de la Société. Je me suis aperçu qu'il y avait l'École Freudienne de
Paris, chose que j'ignorais, je suis allé les voir, puis j'ai commencé à travailler
avec eux. Ce que je cherchais au départ, c'était des groupes de travail surtout puisque,
par ailleurs, je continuais mon analyse. C'était des groupes de travail, des séminaires,
c'est ce que j'ai trouvé, c'est ce que j'ai fait; puis on avait fait un cartel avec
Nasio, Chantal Maillet et deux ou trois autres personnes, ça a duré deux ou trois ans.
J'ai été au séminaire de Lacan et à celui de Clavreul, je suis allé faire des
supervisions plus ou moins étranges avec Leclaire. Tu sais les choses s'entraînent l'une
dans l'autre, il n'y a pas de plan, on ne se fait pas un plan de parcours ou de carrière
quand on rentre dans l'analyse. C'était aussi, il ne faut pas l'oublier, toute la
période des grands remuements politiques de 1968-69. J'étais très pris, c'était la
découverte pour moi du monde politique, j'étais plutôt tenté par des alliances avec
des psychanalystes très politisés, très à gauche, du côté Trotskiste.
M.H. J'aurais une question, à ce propos
justement, sur la formation et la transmission. Si tu es passé d'un système à l'autre,
est-ce que tu as senti de grandes différences? C'est une question que personnellement je
me pose sur la cooptation. Qu'est-ce qui fait qu'on devient analyste : est-ce qu'il y a
plus des phénomènes de l'ordre de la cooptation, du copinage du côté où l'institution
est moins fortement organisée? Mais cest peut-être une question très naïve?
F.P. C'est surtout une question à laquelle
il n'y a absolument pas de réponse. Les gens de l'Internationale essaient depuis quarante
ans de codifier de façon extrêmement stricte la transmission, mais ils n'ont proposé
vraiment aucun modèle de transmission, ils ne savent pas ce que c'est. Du côté de l'École
Freudienne, il ne faut pas croire que l'on pouvait rentrer comme on voulait, comme
dans un moulin : avant de devenir un membre connu et reconnu comme analyste, c'était
aussi difficile et il fallait gravir autant d'échelons qu'à la Société
Internationale, sauf que c'était peut-être plus pernicieux, parce que plus occulte.
À l'Internationale tu savais si tu étais étudiant ou si tu étais membre, il y
avait toute une gradation et des dénominations à chaque fois. Aucune des deux écoles,
jamais personne, n'a jamais été capable de dire pourquoi et à quoi ils reconnaissaient
un analyste. On ne le sait pas. En fait, on ne sait pas ce que c'est qu'un analyste. C'est surtout une question à laquelle
il n'y a absolument pas de réponse. Les gens de l'Internationale essaient depuis quarante
ans de codifier de façon extrêmement stricte la transmission, mais ils n'ont proposé
vraiment aucun modèle de transmission, ils ne savent pas ce que c'est. Du côté de l'École
Freudienne, il ne faut pas croire que l'on pouvait rentrer comme on voulait, comme
dans un moulin : avant de devenir un membre connu et reconnu comme analyste, c'était
aussi difficile et il fallait gravir autant d'échelons qu'à la Société
Internationale, sauf que c'était peut-être plus pernicieux, parce que plus occulte.
À l'Internationale tu savais si tu étais étudiant ou si tu étais membre, il y
avait toute une gradation et des dénominations à chaque fois. Aucune des deux écoles,
jamais personne, n'a jamais été capable de dire pourquoi et à quoi ils reconnaissaient
un analyste. On ne le sait pas. En fait, on ne sait pas ce que c'est qu'un analyste.
M.H. Et toi, qu'est-ce que tu en penses? Et toi, qu'est-ce que tu en penses?
F.P. Oh moi, je pense que c'est très bien,
plus on essaie de codifier, plus on obtient une série d'imbéciles, je le vois bien ici.
D'une part, à la Société de Psychanalyse, ils ont réussi à se déprendre de
ces exigences formelles, et ça donne des analystes beaucoup plus vivants, beaucoup plus
curieux. Par contre, ce n'est pas sans terreur que je vois la marge se constituer en
groupes ??? prévoir avec quelque chose qui rappelle toujours la psychologie et qu'est-ce
qu'ils transmettent dans ces petits groupes? Est-ce qu'ils se sont interrogés sur ce que
c'était que la psychanalyse, sur ce que c'était que l'inconscient, sur ce qu'ils foutent
là? Qu'est-ce qu'ils espèrent recevoir de se dire psychanalystes? Tu le sais toi? Dans
cette espèce de flou se maintient une sorte de fonction thérapeutique aux contours mal
limités, dont la transmission s'est faite le plus souvent par des lectures, par
rencontres avec d'autres... Oh moi, je pense que c'est très bien,
plus on essaie de codifier, plus on obtient une série d'imbéciles, je le vois bien ici.
D'une part, à la Société de Psychanalyse, ils ont réussi à se déprendre de
ces exigences formelles, et ça donne des analystes beaucoup plus vivants, beaucoup plus
curieux. Par contre, ce n'est pas sans terreur que je vois la marge se constituer en
groupes ??? prévoir avec quelque chose qui rappelle toujours la psychologie et qu'est-ce
qu'ils transmettent dans ces petits groupes? Est-ce qu'ils se sont interrogés sur ce que
c'était que la psychanalyse, sur ce que c'était que l'inconscient, sur ce qu'ils foutent
là? Qu'est-ce qu'ils espèrent recevoir de se dire psychanalystes? Tu le sais toi? Dans
cette espèce de flou se maintient une sorte de fonction thérapeutique aux contours mal
limités, dont la transmission s'est faite le plus souvent par des lectures, par
rencontres avec d'autres...
M.H. Ce qui m'avait frappée dans cette
interview de Dolto, c'est que par exemple, elle prône la diversité des contrôles. Ce qui m'avait frappée dans cette
interview de Dolto, c'est que par exemple, elle prône la diversité des contrôles.
F.P. Je pense qu'effectivement, si on veut
essayer de se mettre vaguement d'accord et établir un consensus sur ce que c'est que la
psychanalyse, il faut travailler énormément ensemble. Alors, c'est sûr que quelqu'un
qui a fait 25 ans de pratique clinique en a peut-être un peu plus à dire et à entendre
que quelqu'un qui commence, d'une certaine manière. Dans ce sens-là, si tu veux, les
contrôles, c'est un nom facile pour indiquer le fait d'aller parler de ce qu'on fait avec
d'autres analystes. Le problème c'est que les analystes sont souvent des froussards et
n'osent pas dire à quelqu'un: "Vous n'êtes pas fait pour faire un analyste, faites
autre chose". Il y en a des centaines de gens, que je vois à Montréal qui sont
autant psychanalystes que moi je suis boucher. Je pense qu'effectivement, si on veut
essayer de se mettre vaguement d'accord et établir un consensus sur ce que c'est que la
psychanalyse, il faut travailler énormément ensemble. Alors, c'est sûr que quelqu'un
qui a fait 25 ans de pratique clinique en a peut-être un peu plus à dire et à entendre
que quelqu'un qui commence, d'une certaine manière. Dans ce sens-là, si tu veux, les
contrôles, c'est un nom facile pour indiquer le fait d'aller parler de ce qu'on fait avec
d'autres analystes. Le problème c'est que les analystes sont souvent des froussards et
n'osent pas dire à quelqu'un: "Vous n'êtes pas fait pour faire un analyste, faites
autre chose". Il y en a des centaines de gens, que je vois à Montréal qui sont
autant psychanalystes que moi je suis boucher.
C'est incroyable! Ils ont même chez
eux un divan, ils parlent dans les colloques, visiblement ils font tout sauf de l'analyse.
Alors, c'est sûr que pour la formation, moi je serais tenté de penser, comme Dolto,
qu'on naît psycho-analyste.
Je pense qu'effectivement on naît avec
une prédisposition à entendre l'inconscient de l'autre, ou pas, on en est peut-être
privé pour le restant de ses jours, mais ce n'est pas quelque chose qui s'apprend, c'est
quelque chose qui s'affine. Je crois qu'un type comme Scott est né avec cette
possibilité d'entendre dans l'autre, l'Autre, d'entendre l'inconscient de l'autre. Alors,
qu'il ait affiné cela au cours de dizaines d'années de pratique, oui. Que ce soit
affiné aussi au cours d'un travail continuel avec des gens qui ont ce même don, oui.
Mais, je dirais que si ça ne part pas de ce don initial, je ne pense pas qu'on puisse
accepter l'idée qu'il y aurait de bons petits psychanalystes qui feraient bien leur
travail. Ou ils ont le don ou ils ne l'ont pas. C'est comme les musiciens classiques : ce
don, ou ils savent le faire travailler ou bien ils le perdent.
M.H. Oui, oui, bien sûr. Et c'est là que je
me posais la question sur la transmission et sur les liens entre les analystes, entre les
aînés et les plus jeunes, mais pas nécessairement à l'intérieur des institutions.
Comment cela se passait-il? Oui, oui, bien sûr. Et c'est là que je
me posais la question sur la transmission et sur les liens entre les analystes, entre les
aînés et les plus jeunes, mais pas nécessairement à l'intérieur des institutions.
Comment cela se passait-il?
F.P. Quand je suis arrivé ici, il y avait
pas de liens entre les aînés et les plus jeunes, il n'y avait rien. Il y avait juste un
petit groupe qui avait vingt ans et qui fonctionnait alors de façon extrêmement codée,
avec des règles internationales, dans un milieu très bourgeois, médical. (...) Quand je suis arrivé ici, il y avait
pas de liens entre les aînés et les plus jeunes, il n'y avait rien. Il y avait juste un
petit groupe qui avait vingt ans et qui fonctionnait alors de façon extrêmement codée,
avec des règles internationales, dans un milieu très bourgeois, médical. (...)
Quand je suis arrivé, en 1974, il y
avait déjà Mireille Lafortune et Samuel Pereg qui ne se disaient pas psychanalystes. On
savait leur intérêt pour la psychanalyse, on savait même que leurs thérapies avaient
la forme psychanalytique, mais ils ne se disaient pas analystes, alors je me suis dit :
ça, c'est ridicule. Faire de la psychanalyse en catimini, comme ça, derrière le couvert
de la psychothérapie, c'est malhonnête, et pour les gens qui viennent te voir, et par
rapport à l'engagement dans la psychanalyse.
A ce moment-là j'ai ouvert un
séminaire, je me suis dit je vais voir qui, ici, travaille dans un sens qui me serait
familier et c'est assez drôle, parce que tous ces gens-là sont à la Société de
Montréal maintenant, j'ai travaillé avec Lise Monette, Josette Léonard, Pat Mahoney et
cinq ou six autres, il y avait une quinzaine de personnes, et on a travaillé pendant deux
ans sur le séminaire sur les psychoses de Lacan, en même temps qu'on travaillait sur la
transmission. C'est sûr qu'on savait bien qu'il fallait quand même connaître les textes
freudiens, que les textes de Lacan avaient une importance considérable de remaniement de
la lecture qu'on pouvait faire des textes freudiens. On s'est livré à ce travail de
lecture qui s'est poursuivi jusqu'à il y a deux, trois ans, sous toutes sortes de formes.
C'est assez amusant, car au fur et à mesure qu'ils étaient acceptés, Marie-Claire
Lanctôt-Bélanger venait aussi, au fur et à mesure qu'ils étaient acceptés à la Société
Canadienne de Psychanalyse, ils cessaient de venir à mon séminaire. Ils venaient
quand ils n'étaient pas encore admis, quand ils étaient étudiants, c'est rigolo! Bien
après, ils sont revenus, une fois qu'ils étaient bien établis.
Là, je te parle surtout de ce que ma
présence a déclenché comme fantasmes, comme quoi j'allais créer une nouvelle École
Freudienne de Paris. Le jeu de Julien Bigras a été extrêmement ambigu par rapport
à la Société Canadienne. La seule chose que je peux dire, c'est que dix, douze
ans après, la constante présence de cette interrogation de ce que c'est que l'analyse,
de ce que c'est que Lacan, a profondément transformé, et le milieu psychanalytique dans
son ensemble, et la Société Canadienne de Psychanalyse dans son coin. Dans son
ensemble, je crois que c'est un séminaire qui a ouvert une immense curiosité, non
seulement sur ce que c'est que la psychanalyse, mais sur ce qui, me semble-t-il, doit
entourer la psychanalyse, c'est-à-dire le contexte culturel dans lequel la psychanalyse
est possible, contexte de connaissances philosophiques, de connaissances scientifiques, je
crois qu'on a tripoté un peu tout ça. C'était dans la suite de Lacan, je n'ai rien
inventé. Le grand mérite de Lacan en France, en Europe, c'est d'avoir montré qu'il
n'était pas question d'être analyste sans plonger son investigation, sa curiosité, dans
toutes sortes de domaines : la philosophie, l'anthropologie, de faire ce que Freud
recommandait de faire, finalement, et que personne n'a jamais fait. Cela, je crois que mon
séminaire l'a produit. Est-ce qu'il a produit beaucoup plus que les conditions de
curiosité qui permettent de cultiver une pensée psychanalytique? Je ne sais pas.
M.H. Tu te poses la question? Tu te poses la question?
F.P. Non. A vrai dire ça m'est complètement
égal, je me la pose parce qu'on me la pose parfois. Ce qui s'est passé c'est qu'entre
temps, il y a eu des drames personnels. Non. A vrai dire ça m'est complètement
égal, je me la pose parce qu'on me la pose parfois. Ce qui s'est passé c'est qu'entre
temps, il y a eu des drames personnels.
Quand j'ai commencé à travailler sur
le séminaire : L'enseignement de Lacan, il y a quatre, cinq ans, j'avais décidé,
à ce moment-là, de me plonger, mais vraiment, complètement dans le texte de Lacan. De
cesser de grapillonner, comme tout le monde, de lire un petit truc ici, un petit bout là,
et effectivement, j'avais réuni toute trace écrite de Lacan, et là j'ai plongé dedans
pendant plusieurs années. Et, alors j'ai tout relu, j'ai retravaillé les textes sur la Phénoménologie
de l'esprit, c'était un travail dingue!
Et là, mais c'est une réaction tout
à fait personnelle, plus je lisais et plus Lacan me paraissait un faussaire. Il me
paraissait un faussaire émotif, un faussaire intellectuel. En même temps, dans ce
domaine, je ne suis même pas sûr que ça puisse être autrement. Mais moi, ça m'a fait
penser : je ne veux pas faire partie de ça. D'abord, j'ai arrêté mon séminaire, puis
je me suis tourné vers autre chose, vers l'écriture, vers des trucs complètement
idiosyncratiques (?) qui n'ont plus rien à voir avec la psychanalyse, en tout cas pas
directement.
Mais, au fond, par ailleurs, si tu
veux, ce qui est en même temps paradoxal dans cette situation, c'est que je me suis donc
trouvé dans cette espèce de désinvestissement par rapport au discours psychanalytique,
par rapport aux psychanalystes, mais pas un instant je ne me suis ennuyé dans ma pratique
clinique. J'ai toujours maintenu une écoute dont je sens qu'elle est là, je le sens par
les effets qu'elle produit. Par contre, si je quitte ça, et il va falloir que je
m'arrête bientôt, j'ai l'impression qu'il me manquera quelque chose, qu'il y aura une
perte considérable. Ca fait quand même 25 ans que j'écoute des gens -j'ai commencé en
1969- ça commence à compter.
Pour en revenir à la question de la
transmission, effectivement, les gens que j'ai en supervision qui commencent à écouter,
c'est très fascinant de voir comme ils sont déjà en train d'entendre; alors je me
demande pourquoi ils viennent m'en parler! Mais il faut qu'ils m'en parlent pour que la
certitude qu'ils entendent, au sens psychanalytique, s'installe petit à petit, et ça n'a
rien à voir avec leur culture ni avec quoi que ce soit.
Je pense à une femme qui vient me
parler et qui est infirmière. Elle a un sens aigu, tout à fait extraordinaire, de
l'inconscient , mais c'est comme une espèce de connaissance sauvage. Alors, ce qu'elle
essaie de faire pour l'instant, c'est d'apprivoiser un peu tout ça. C'est intéressant de
travailler avec elle; elle m'a appris beaucoup de choses et elle m'a montré des moments
d'analyse qu'elle voyait comme particulièrement ratés et où précisément se
dénouaient des choses de façon tout à fait étonnante. Elle faisait de l'analyse, et
c'est ça qui est intéressant, sans le savoir.
M.H. Mais dans un cadre analytique? En
thérapie? Mais dans un cadre analytique? En
thérapie?
F.P. Elle avait des patients, elle avait un
ou deux patients privés. Elle les avait pris pour faire de la psychothérapie de soutien,
du genre analytique et il s'est avéré en fait, qu'elle les écoutait comme une analyste.
Bien sûr, après il y avait un certain nombre d'habitudes dont il a fallu qu'elle se
défasse, comme par exemple le souci d'aider le patient, une chose absolument néfaste, le
souci d'aller vite, le souci de les guérir, mais les guérir de quoi? Je suis bien
embarrassé de pouvoir le dire. Toujours pour parler de transmission, effectivement,
peut-être que le premier rôle du contrôle sert à décrotter, à éliminer toutes ces
espèces de représentations idéologiques, tu vois. Et alors, sans parler du décrassage
idéologique de l'image qu'on se fait de soi-même quand on est analyste car, tu sais, les
gens sont bizarres. "Je suis psychanalyste", déclarent-ils. Imagine les choses
les plus aberrantes qui se glissent là-dessous. Elle avait des patients, elle avait un
ou deux patients privés. Elle les avait pris pour faire de la psychothérapie de soutien,
du genre analytique et il s'est avéré en fait, qu'elle les écoutait comme une analyste.
Bien sûr, après il y avait un certain nombre d'habitudes dont il a fallu qu'elle se
défasse, comme par exemple le souci d'aider le patient, une chose absolument néfaste, le
souci d'aller vite, le souci de les guérir, mais les guérir de quoi? Je suis bien
embarrassé de pouvoir le dire. Toujours pour parler de transmission, effectivement,
peut-être que le premier rôle du contrôle sert à décrotter, à éliminer toutes ces
espèces de représentations idéologiques, tu vois. Et alors, sans parler du décrassage
idéologique de l'image qu'on se fait de soi-même quand on est analyste car, tu sais, les
gens sont bizarres. "Je suis psychanalyste", déclarent-ils. Imagine les choses
les plus aberrantes qui se glissent là-dessous.
M.H. Est-ce que tu pourrais préciser ce que
tu veux dire? Est-ce que tu pourrais préciser ce que
tu veux dire?
F.P. Par exemple, aussi bien dans leurs
thérapies, que dans leur vie professionnelle, ils refusent de s'engager dans une
discussion qui paradoxalement d'ailleurs, laisserait trop apparaître l'inconscient. Ils
veulent bien parler de l'inconscient, mais ils ne veulent pas laisser parler leur
inconscient. C'est une des choses les plus fréquentes. Puis, il y a les motivations pour
lesquelles les gens deviennent analystes. Parmi les jeunes analystes, il y en a beaucoup
qui s'imaginent qu'on gagne des fortunes, tu sais, qu'ils n'auront quà rester le
cul sur leur fauteuil avec la main tendue à la fin de la séance et que l'argent va
tomber dedans, comme dans le tronc de l'Église. Ils sont vite déçus, remarque. Alors,
là, ça ne dure pas! Et ils décident d'aller faire, je sais pas, moi, de la psychologie,
ou n'importe quoi ailleurs. Alors, pour en revenir à la transmission qui est au centre de
tes préoccupations...
M.H. Ce que tu dis c'est qu'on naît
analyste, mais qu'est-ce qui du dehors, dans les relations à son analyste, ou à ses
contrôleurs ou à d'autres analystes, fait qu'on est "coopté"? Je pense que
ça se joue comme ça, dans les institutions ou ailleurs... Ce que tu dis c'est qu'on naît
analyste, mais qu'est-ce qui du dehors, dans les relations à son analyste, ou à ses
contrôleurs ou à d'autres analystes, fait qu'on est "coopté"? Je pense que
ça se joue comme ça, dans les institutions ou ailleurs...
F.P. Oui. Mais la cooptation j'y crois sans y
croire, étant donné que je me suis imposé tout seul à Montréal. Il n'y avait personne
pour me coopter, il n'y avait personne! Oui. Mais la cooptation j'y crois sans y
croire, étant donné que je me suis imposé tout seul à Montréal. Il n'y avait personne
pour me coopter, il n'y avait personne!
M.H. Mais tu étais déjà analyste? Mais tu étais déjà analyste?
F.P. Oui. Je l'étais à Paris. Quand j'ai
décidé de faire un séminaire en 1975, il n'était pas question de cooptation, quoique
d'une certaine manière, ils m'ont coopté puisqu'ils sont venus. Mais la cooptation, ce
n'est pas un très bon terme, parce que ça fait petits copains, petit copinage, petite
clique et, par contre, je crois que ce qui est absolument essentiel à la transmission,
c'est qu'un groupe de gens essaie de dégager un objet commun, qui s'appelle l'inconscient
et la psychanalyse, qu'ils travaillent cet objet et qu'ils essaient d'en écrire quelque
chose.
C'est à peu près tout. La cooptation,
c'est un peu comme la phrase historique : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra bien les
siens". Laissez-les faire ce qu'ils ont envie de faire, la psychanalyse, Freud
reconnaîtra bien les siens! Freud était très sage là-dessus, il s'en foutait, lui, de
la manière dont on se faisait transmettre l'analyse. Il disait que de toute façon, quand
on est face à des problèmes névrotiques, ou on a le sens de la problématique
inconsciente qui la cause ou pas. Le reste n'a aucune espèce d'importance. Lui, il
n'était pas du tout en faveur d'une transmission codée à la Karl Abraham, même pour
l'analyse didactique. Il avait dit une fois : "Abraham prétend qu'il faut avoir fait
une analyse, ce n'est pas inutile, mais moi ce que je vous dirais plutôt, c'est de
commencer à écouter quelqu'un sur le divan, vous allez rencontrer très vite des
difficultés, et là vous viendrez me voir et on en reparlera." Il s'agit là, pour
moi, de l'essence même de la cooptation : comme il n'y a aucun moyen de contrôle, il est
essentiel, dans le processus de formation, de ne faire certaines choses que si on en sent
la nécessité absolue.
M.H. Oui. Que penses-tu de la transmission
inconsciente au sens d'un reste, de quelque chose qui est inanalysé, je pensais même aux
secrets de famille... Oui. Que penses-tu de la transmission
inconsciente au sens d'un reste, de quelque chose qui est inanalysé, je pensais même aux
secrets de famille...
F.P. Je ne suis pas sûr que quelque chose
d'inanalysé soit transmis. Par contre, ce qui serait important, c'est qu'effectivement
dans la transmission, il n'y ait pas de barrières entre l'inconscient de quelqu'un qui
parle la psychanalyse et celui des gens qui l'écoutent. Par exemple, c'est présomptueux
ce que je vais dire, mais c'est quand même elle qui me l'a dit, il y a ce genre de
transmission entre Dolto et moi, quand on se rencontre et que l'on sent très bien qu'au
niveau de l'inconscient il n'y a aucune barrière. Mais, ça ne peut pas se mettre en
place, on ne peut pas provoquer cela. Je ne suis pas sûr que quelque chose
d'inanalysé soit transmis. Par contre, ce qui serait important, c'est qu'effectivement
dans la transmission, il n'y ait pas de barrières entre l'inconscient de quelqu'un qui
parle la psychanalyse et celui des gens qui l'écoutent. Par exemple, c'est présomptueux
ce que je vais dire, mais c'est quand même elle qui me l'a dit, il y a ce genre de
transmission entre Dolto et moi, quand on se rencontre et que l'on sent très bien qu'au
niveau de l'inconscient il n'y a aucune barrière. Mais, ça ne peut pas se mettre en
place, on ne peut pas provoquer cela.
M.H. Je parlais des phénomènes qui sont
inconscients. Je parlais des phénomènes qui sont
inconscients.
F.P. A ce moment-là ce ne sont pas les
phénomènes qui comptent, à ce moment-là c'est la présence de l'inconscient, comme
lieu qui est là, qu'il y ait des histoires paternelles ou dipiennes qui s'y jouent,
ce n'est pas cela qui se transmet, ça n'a pas d'importance; ce qui a de l'importance
c'est qu'en ce lieu on puisse se mettre à l'écoute de façon telle qu'on entendra ça,
mais qu'on entendra aussi autre chose. Mais je ne pense pas qu'on transmette un savoir
inconscient...
M.H. Non, c'était plutôt dans les ratés
finalement que j'entendais cela, qu'on pouvait peut-être repérer quelque chose,
c'est-à-dire que je me suis intéressée à la question de l'"inceste
psychanalytique", des analystes qui ont analysé leurs enfants, comme Freud et
Mélanie Klein et du côté de l'insu dans la transmission. Je me demandais finalement
comment les analystes choisissaient leurs successeurs... Non, c'était plutôt dans les ratés
finalement que j'entendais cela, qu'on pouvait peut-être repérer quelque chose,
c'est-à-dire que je me suis intéressée à la question de l'"inceste
psychanalytique", des analystes qui ont analysé leurs enfants, comme Freud et
Mélanie Klein et du côté de l'insu dans la transmission. Je me demandais finalement
comment les analystes choisissaient leurs successeurs...
F.P. Je crois qu'ils auront d'autant plus
tendance à désigner leurs successeurs, qu'ils ne désignent pas de successeurs, qu' ils
ont du plaisir à travailler avec eux. Les analystes auront d'autant plus tendance à
avoir du plaisir à travailler avec d'autres analystes, que leur rapport au champ de
l'inconscient sera le même. Je crois qu'ils auront d'autant plus
tendance à désigner leurs successeurs, qu'ils ne désignent pas de successeurs, qu' ils
ont du plaisir à travailler avec eux. Les analystes auront d'autant plus tendance à
avoir du plaisir à travailler avec d'autres analystes, que leur rapport au champ de
l'inconscient sera le même.
M.H. Comment pourrais-tu préciser, par
exemple, ce qui s'est passé entre Dolto et toi? Comment pourrais-tu préciser, par
exemple, ce qui s'est passé entre Dolto et toi?
F.P. C'est difficile à dire. Je pense à
quelqu'un que je vois de temps en temps, que j'ai vu en supervision pendant de nombreuses
années, qui est une de ces personnes que je considère comme un analyste. Mais je ne
pourrais pas dire pourquoi... Ce que je peux dire c'est que sa manière d'écouter
l'inconscient, d'une part m'est familière, -remarque, c'est vrai qu'il a fait son analyse
avec moi- mais d'autre part, il n'y a rien qui me choque dans son écoute de
l'inconscient, il n'y a rien qui m'évoque la psychologie. Par contre, il y a la rapidité
avec laquelle il saisit les problèmes, il les décortique; sa curiosité est immense, sa
culture est très différente de la mienne, mais il suffit de lui indiquer quelque chose
pour qu'immédiatement il se mette à travailler comme un fou dans ce domaine-là. Est-ce
que je peux en dire beaucoup plus que ça, non; ça reste très intuitif, si tu veux, en
tout cas, il y a une chose qui est certaine, c'est qu'à mes yeux, il n'y a aucun code,
aucun critère permettant d'évaluer cela et qui serait extérieur à la situation
elle-même. C'est difficile à dire. Je pense à
quelqu'un que je vois de temps en temps, que j'ai vu en supervision pendant de nombreuses
années, qui est une de ces personnes que je considère comme un analyste. Mais je ne
pourrais pas dire pourquoi... Ce que je peux dire c'est que sa manière d'écouter
l'inconscient, d'une part m'est familière, -remarque, c'est vrai qu'il a fait son analyse
avec moi- mais d'autre part, il n'y a rien qui me choque dans son écoute de
l'inconscient, il n'y a rien qui m'évoque la psychologie. Par contre, il y a la rapidité
avec laquelle il saisit les problèmes, il les décortique; sa curiosité est immense, sa
culture est très différente de la mienne, mais il suffit de lui indiquer quelque chose
pour qu'immédiatement il se mette à travailler comme un fou dans ce domaine-là. Est-ce
que je peux en dire beaucoup plus que ça, non; ça reste très intuitif, si tu veux, en
tout cas, il y a une chose qui est certaine, c'est qu'à mes yeux, il n'y a aucun code,
aucun critère permettant d'évaluer cela et qui serait extérieur à la situation
elle-même.
M.H. Ma question concerne plus les choses de
l'ordre de l'insu. Ma question concerne plus les choses de
l'ordre de l'insu.
F.P. Oui, mais à chaque fois ce sont des
choses singulières qui ne peuvent pas être prises dans un discours plus généralisé.
La question est de savoir si on les entend ou si on laisse passer ces choses-là. Est-ce
que c'est ça qui se transmet? En quoi le fait que ça se transmette puisse avoir un
impact sur la formation? Je ne sais pas. Si tu veux, pour moi ce qui est le plus
important, ce n'est pas ce qui de l'inconscient se transmet, qui viendrait de mon univers
inconscient ou du tien, c'est les modalités selon lesquelles on peut se mettre à
l'écoute de cela, le fait d'avoir à vivre avec de l'insu, avec du non-dit. C'est plus
dans les modalités dont le psychanalyste s'en arrange, que quelque chose peut se montrer. Oui, mais à chaque fois ce sont des
choses singulières qui ne peuvent pas être prises dans un discours plus généralisé.
La question est de savoir si on les entend ou si on laisse passer ces choses-là. Est-ce
que c'est ça qui se transmet? En quoi le fait que ça se transmette puisse avoir un
impact sur la formation? Je ne sais pas. Si tu veux, pour moi ce qui est le plus
important, ce n'est pas ce qui de l'inconscient se transmet, qui viendrait de mon univers
inconscient ou du tien, c'est les modalités selon lesquelles on peut se mettre à
l'écoute de cela, le fait d'avoir à vivre avec de l'insu, avec du non-dit. C'est plus
dans les modalités dont le psychanalyste s'en arrange, que quelque chose peut se montrer.
M.H. Qu'est-ce que tu pourrais dire si tu
veux continuer ce que tu disais tout à l'heure, sur ton arrivée ici, sur tes rapports
ambigus avec Julien Bigras, je me demandais si ça ne valait pas la peine de préciser? Qu'est-ce que tu pourrais dire si tu
veux continuer ce que tu disais tout à l'heure, sur ton arrivée ici, sur tes rapports
ambigus avec Julien Bigras, je me demandais si ça ne valait pas la peine de préciser?
F.P. Il avait été question que je fasse un
article pour la revue de Françoise Bessis. Là je n'en parlerai pas parce qu'il s'agit
plus des rapports entre hommes, que des rapports entre analystes. Et, dans un sens c'est
sans intérêt. Julien aurait été juge de paix ou n'importe quoi d'autre, ç'aurait
été pareil. Donc, il est certain qu'il m'a rendu le chemin difficile, parce qu'il a
d'abord laissé entendre -il avait déjà lui-même des rapports extrêmement conflictuels
avec la Société psychanalytique de Montréal-, que j'allais devenir un de ses
dauphins. Ça, les gens se sont vite aperçus que ce n'était pas possible, il faut le
dire. Et il voulait quand même, lui, monopoliser le champ de la théorie, il a vu d'un
très mauvais oeil que je veuille faire quelques petites choses de mon côté. Mais, en
même temps, il a essayé, il a réussi, à me mettre dans une situation très
embarrassante. Au début je m'entendais bien avec les gens de la Société canadienne,
Lussier était président, il me recevait quand il y avait des invités et on aurait pu
très vite travailler ensemble, et Julien a fait en sorte que ça tombe à l'eau,
probablement parce qu'il ne voulait pas me voir paraître dans le cadre de la Société.
A la suite de sombres histoires autour de la venue, comme d'habitude d'ailleurs, de Conrad
Stein, Julien a réussi à créer un mythe à mon sujet, en faisant croire aux gens de la Société,
qui sont des gens très timorés, que j'allais faire voler la Société psychanalytique
en éclats. Après ce sont mes rapports personnels avec Julien, qui sur le plan analytique
pour moi ne représente rien de bien intéressant. Lui comme homme, oui bien sûr,
c'était un homme fascinant, je trouve qu'Élisabeth Bigras, d'ailleurs, est infiniment
plus subtile comme analyste que ne l'était Julien. L'intérêt de Julien, c'est qu'avec
sa revue, avec sa mégalomanie, avec son narcissisme exacerbé, il a maintenu quelque
chose de la psychanalyse à Montréal. Il a maintenu une curiosité il a maintenu un
intérêt vivant pour toutes sortes de sciences (...???). Et dans ce sens-là sa
présence, son activité, surtout dans les années 70, a été extrêmement importante. Il avait été question que je fasse un
article pour la revue de Françoise Bessis. Là je n'en parlerai pas parce qu'il s'agit
plus des rapports entre hommes, que des rapports entre analystes. Et, dans un sens c'est
sans intérêt. Julien aurait été juge de paix ou n'importe quoi d'autre, ç'aurait
été pareil. Donc, il est certain qu'il m'a rendu le chemin difficile, parce qu'il a
d'abord laissé entendre -il avait déjà lui-même des rapports extrêmement conflictuels
avec la Société psychanalytique de Montréal-, que j'allais devenir un de ses
dauphins. Ça, les gens se sont vite aperçus que ce n'était pas possible, il faut le
dire. Et il voulait quand même, lui, monopoliser le champ de la théorie, il a vu d'un
très mauvais oeil que je veuille faire quelques petites choses de mon côté. Mais, en
même temps, il a essayé, il a réussi, à me mettre dans une situation très
embarrassante. Au début je m'entendais bien avec les gens de la Société canadienne,
Lussier était président, il me recevait quand il y avait des invités et on aurait pu
très vite travailler ensemble, et Julien a fait en sorte que ça tombe à l'eau,
probablement parce qu'il ne voulait pas me voir paraître dans le cadre de la Société.
A la suite de sombres histoires autour de la venue, comme d'habitude d'ailleurs, de Conrad
Stein, Julien a réussi à créer un mythe à mon sujet, en faisant croire aux gens de la Société,
qui sont des gens très timorés, que j'allais faire voler la Société psychanalytique
en éclats. Après ce sont mes rapports personnels avec Julien, qui sur le plan analytique
pour moi ne représente rien de bien intéressant. Lui comme homme, oui bien sûr,
c'était un homme fascinant, je trouve qu'Élisabeth Bigras, d'ailleurs, est infiniment
plus subtile comme analyste que ne l'était Julien. L'intérêt de Julien, c'est qu'avec
sa revue, avec sa mégalomanie, avec son narcissisme exacerbé, il a maintenu quelque
chose de la psychanalyse à Montréal. Il a maintenu une curiosité il a maintenu un
intérêt vivant pour toutes sortes de sciences (...???). Et dans ce sens-là sa
présence, son activité, surtout dans les années 70, a été extrêmement importante.
Alors, à partir du moment où on a
réussi, tant bien que mal, à se répartir chacun un domaine où on ne venait pas
emmerder l'autre, ça s'est tassé...
M.H. Donc, dans l'évolution de tes rapports
avec les gens de la Société, est-ce qu'il y a eu une coupure à un moment donné? Donc, dans l'évolution de tes rapports
avec les gens de la Société, est-ce qu'il y a eu une coupure à un moment donné?
F.P. Non, les rapports ont commencé à
évoluer quand ils ont commencé à revenir travailler au séminaire : ils étaient
membres et on n'avait plus à leur interdire quoi que ce soit; c'était il y a six, sept
ans. Des gens comme Mauger, Imbeault, Josette Léonard sont venus. Au début, les gens de
leur Société n'aimaient pas beaucoup cela, mais finalement ils ont trouvé à
satisfaire toute cette curiosité. A ce moment-là, les gens de la Société sont
devenus beaucoup plus souples, ils ont vu que je n'avais pas l'intention de fonder une
équipe, une autre École freudienne, en même temps ils se sont dit, mais après
tout, qu'est-ce que c'est que Lacan? Ils se sont bien aperçus que de le lire ne suffisait
pas pour permettre d'en dire quelque chose. Et ils sont revenus assister au séminaire,
alors on sent bien comment les choses s'assouplissent. Les anciens grands pontes du
séminaire qui faisaient comme si je n'existais pas, se sont mis à me saluer. Non, les rapports ont commencé à
évoluer quand ils ont commencé à revenir travailler au séminaire : ils étaient
membres et on n'avait plus à leur interdire quoi que ce soit; c'était il y a six, sept
ans. Des gens comme Mauger, Imbeault, Josette Léonard sont venus. Au début, les gens de
leur Société n'aimaient pas beaucoup cela, mais finalement ils ont trouvé à
satisfaire toute cette curiosité. A ce moment-là, les gens de la Société sont
devenus beaucoup plus souples, ils ont vu que je n'avais pas l'intention de fonder une
équipe, une autre École freudienne, en même temps ils se sont dit, mais après
tout, qu'est-ce que c'est que Lacan? Ils se sont bien aperçus que de le lire ne suffisait
pas pour permettre d'en dire quelque chose. Et ils sont revenus assister au séminaire,
alors on sent bien comment les choses s'assouplissent. Les anciens grands pontes du
séminaire qui faisaient comme si je n'existais pas, se sont mis à me saluer.
Mais ce qui a de l'importance, c'est de
montrer que quelque chose peut peut-être circuler. Ce qui symboliquement pour moi a été
très important, c'est le jour où la Société psychanalytique de Montréal a
décidé de m'inviter à faire une présentation clinique au cours de leur réunion dite Journée
scientifique parce que c'était la première fois qu'ils invitaient quelqu'un qui
n'était pas de l'Internationale. Dans toute cette histoire, c'était comme, si tu
veux, le signe de l'ouverture symbolique de la Société canadienne. Alors, est-ce
qu'ils vont pouvoir maintenir cela? Il y a un courant de raidissement orthodoxe au sein de
la Société internationale qui est très problématique, est-ce que ça n'aura
été qu'un petit printemps, c'est assez difficile de savoir. Et surtout, ce que je suis
dans l'incapacité totale de savoir, c'est ce que vont donner tous ces petits groupes qui
sont nés de la vie et de la mort du séminaire. Tout d'abord, je ne sais pas ce qui s'y
discute, tu me diras, je ne fais rien pour le savoir!
M.H. Mais tu es en contact avec des
personnes qui en font partie...
F.P. Il faudrait que j'aille dans
des colloques. Est-ce que ça va donner la même chose qu'à Paris, le bordel? Des
orientations théoriques relativement voisines les unes des autres et des luttes
interpersonnelles féroces, l'impossibilité de se plier à un minimum de consensus pour
pouvoir travailler ensemble...
M.H. Une des questions que je me pose est
comment il se fait qu'ici, finalement, il y ait soit des groupuscules éclatés, soit des
gens qui travaillent seuls. Une des questions que je me pose est
comment il se fait qu'ici, finalement, il y ait soit des groupuscules éclatés, soit des
gens qui travaillent seuls.
F.P. Parce qu'on est confronté au fait de
tout autres lois que les lois de l'analyse, on est confronté au fait que pour qu'un
groupe se constitue et travaille vraiment, il lui faut un leader. Moi ça me fait horreur,
parce qu'en maintenant le séminaire comme je l'ai fait, j'ai peut-être entretenu
l'illusion. Je donnais l'illusion d'un leader que je n'étais pas, que je ne pouvais pas
être. Parce qu'on est confronté au fait de
tout autres lois que les lois de l'analyse, on est confronté au fait que pour qu'un
groupe se constitue et travaille vraiment, il lui faut un leader. Moi ça me fait horreur,
parce qu'en maintenant le séminaire comme je l'ai fait, j'ai peut-être entretenu
l'illusion. Je donnais l'illusion d'un leader que je n'étais pas, que je ne pouvais pas
être.
M.H. Il y avait là quelque chose de
paradoxal... Il y avait là quelque chose de
paradoxal...
F.P. Oui, il y avait quelque chose de
paradoxal que j'ai tenu énormément à maintenir, pour ne pas être dans la position de
celui de qui on attendra qu'il fonde. Je m'y suis toujours refusé et à mon avis, tant
que j'ai pu maintenir cette position paradoxale, qui allait peut-être avec mes propres
positions inconscientes, j'ai l'impression que les choses ont marché, que des gens ont
travaillé ensemble; mais ils se sont séparés dès que le séminaire s'est arrêté.
J'ai l'impression qu'il y avait tout un remuement qui se faisait, mais en même temps une
pression énorme pour que je me décide à fonder quelque chose. Oui, il y avait quelque chose de
paradoxal que j'ai tenu énormément à maintenir, pour ne pas être dans la position de
celui de qui on attendra qu'il fonde. Je m'y suis toujours refusé et à mon avis, tant
que j'ai pu maintenir cette position paradoxale, qui allait peut-être avec mes propres
positions inconscientes, j'ai l'impression que les choses ont marché, que des gens ont
travaillé ensemble; mais ils se sont séparés dès que le séminaire s'est arrêté.
J'ai l'impression qu'il y avait tout un remuement qui se faisait, mais en même temps une
pression énorme pour que je me décide à fonder quelque chose.
M.H. Quelle est ta position, aujourd'hui, par
rapport à cela, par rapport à la question de la fondation? Quelle est ta position, aujourd'hui, par
rapport à cela, par rapport à la question de la fondation?
F.P. Je suis hostile à la fondation et pour
quoi que ce soit, c'est sûr; mais d'un autre côté, je sais très, très bien que cette
place que j'ai tenue, je n'ai pu la tenir que pour des raisons d'ordre personnel. Je suis hostile à la fondation et pour
quoi que ce soit, c'est sûr; mais d'un autre côté, je sais très, très bien que cette
place que j'ai tenue, je n'ai pu la tenir que pour des raisons d'ordre personnel.
M.H. Cela ne pouvait pas être si personnel,
par ailleurs, puisque ça a mordu pour un grand nombre de personnes. Quelque chose a tenu
de cette manière-là, on en a parlé plusieurs fois, parce que tu as maintenu le
séminaire et à partir du séminaire, il y a eu les Cartels. Cela ne pouvait pas être si personnel,
par ailleurs, puisque ça a mordu pour un grand nombre de personnes. Quelque chose a tenu
de cette manière-là, on en a parlé plusieurs fois, parce que tu as maintenu le
séminaire et à partir du séminaire, il y a eu les Cartels.
F.P. Je suis comme un fondateur qui n'a rien
fondé. J'étais là le premier, mais j'étais là comme plusieurs. J'ai tenu le
séminaire, mais je n'avais aucune position d'autorité, je ne décidais rien là-dedans,
après j'ai fondé les Cartels et c'est là que les choses sont devenues plus
difficile pour moi, parce que je me suis aperçu que les gens dans les Cartels
attendaient de moi beaucoup plus que dans le séminaire, que si je m'étais présenté aux
cartels, il aurait fallu que je prenne une position de leader. Un fait venait se greffer
en plus là-dessus -et qui n'était pas simple- c'est qu'il y avait, parmi tous ces
nouveaux arrivés, plusieurs qui avaient été en analyse avec moi; ça n'arrangeait pas
les choses non plus. Je suis comme un fondateur qui n'a rien
fondé. J'étais là le premier, mais j'étais là comme plusieurs. J'ai tenu le
séminaire, mais je n'avais aucune position d'autorité, je ne décidais rien là-dedans,
après j'ai fondé les Cartels et c'est là que les choses sont devenues plus
difficile pour moi, parce que je me suis aperçu que les gens dans les Cartels
attendaient de moi beaucoup plus que dans le séminaire, que si je m'étais présenté aux
cartels, il aurait fallu que je prenne une position de leader. Un fait venait se greffer
en plus là-dessus -et qui n'était pas simple- c'est qu'il y avait, parmi tous ces
nouveaux arrivés, plusieurs qui avaient été en analyse avec moi; ça n'arrangeait pas
les choses non plus.
M.H. Quel effet cela produit-il ? Quel effet cela produit-il ?
F.P. C'est difficile à dire. Sur moi, un
effet de distanciation extrême, c'est-à-dire que je me suis toujours arrangé pour ne
pas être là où ils étaient. Mais, quel effet ça a produit sur eux? Il faudrait le
leur demander. C'est difficile à dire. Sur moi, un
effet de distanciation extrême, c'est-à-dire que je me suis toujours arrangé pour ne
pas être là où ils étaient. Mais, quel effet ça a produit sur eux? Il faudrait le
leur demander.
M.H. Je ne sais pas si tu as dit tout ce que
tu voulais dire sur tes débuts à Paris? Qu'est-ce qui a fait que tu es parti, que tu es
venu ici, qu'est-ce que cela représentait pour toi? Je ne sais pas si tu as dit tout ce que
tu voulais dire sur tes débuts à Paris? Qu'est-ce qui a fait que tu es parti, que tu es
venu ici, qu'est-ce que cela représentait pour toi?
F.P. Des raisons très personnelles, des
raisons de vie privée, mais parmi les raisons qui ne seraient pas de la vie privée,
c'était l'étouffement à Paris qui devenait insupportable, l'impossibilité de penser
autrement que comme les groupes de gens auxquels tu t'étais affilié, et comme j'avais
quitté médecine déjà à cause de cela, quand je me suis retrouvé dans des espèces de
groupes théoriques comme ça... Les trotskistes sont très forts pour ça... J'avais le
sentiment de ne pas penser comme eux. C'était un sentiment obscur, parce qu'on
n'arrêtait pas de vous dire qu'il ne fallait pas penser autrement, le sentiment de ne pas
pouvoir penser ce que je voulais. Je me rappelle une fois, c'était en 1965 ou en 66,
j'étais déjà en analyse et puis je parlais avec Allouch, qui était un bon copain à
l'époque, je lui dis quelque chose et il me dit : Des raisons très personnelles, des
raisons de vie privée, mais parmi les raisons qui ne seraient pas de la vie privée,
c'était l'étouffement à Paris qui devenait insupportable, l'impossibilité de penser
autrement que comme les groupes de gens auxquels tu t'étais affilié, et comme j'avais
quitté médecine déjà à cause de cela, quand je me suis retrouvé dans des espèces de
groupes théoriques comme ça... Les trotskistes sont très forts pour ça... J'avais le
sentiment de ne pas penser comme eux. C'était un sentiment obscur, parce qu'on
n'arrêtait pas de vous dire qu'il ne fallait pas penser autrement, le sentiment de ne pas
pouvoir penser ce que je voulais. Je me rappelle une fois, c'était en 1965 ou en 66,
j'étais déjà en analyse et puis je parlais avec Allouch, qui était un bon copain à
l'époque, je lui dis quelque chose et il me dit :
"Mais François, comment peux-tu dire une chose
pareille? C'est Hégélien ça!"
Et alors? Puis après? Je me suis rendu compte que
tout était comme ça!
"Mais François, comment peux-tu dire une chose
pareille, c'est Lebovici qui dit des choses comme ça!"
Alors, c'est là que j'ai eu le
sentiment de ne pas avoir les coudées franches, d'étouffer intellectuellement.
Et effectivement, quand je suis arrivé
ici en 1974, je ne peux pas dire que je tombais dans un milieu culturel hyper-raffiné,
mais tout de même, c'était un milieu en grande partie vierge, en fait. Les stéréotypes
culturels sont très fragiles et volent facilement en éclats au Canada et la curiosité
trouve beaucoup plus d'espace pour se développer. Et, parce que moi je m'en foutais du
Canada, du Québec et de tout ça, la possibilité de faire retour, du dehors vers la
France, m'était offerte. Et quand je suis retourné parler en France, il y a deux ou
trois ans, là je peux te dire que l'histoire n'était plus la même et je savais comment
remettre en place ceux à qui ça ne plaisait pas.
En tout cas, si tu veux, c'est un des
aspects pour lesquels je suis venu. En fait, ce qu'il fallait que je fasse, c'était
partir de France, mais il s'en est fallu de très peu que je n'aie un poste à Harvard.
Celui de l'Université de Montréal a été le premier qui s'est trouvé libre et je l'ai
pris, mais ce n'était pas mon first ni mon second choice. Ça s'est
présenté au moment où toute une conjoncture dans ma vie privée était à un tournant
qui me permettait d'envisager de quitter la France.
J'avais déjà une pratique abondante
de cinq, six ans d'analyse, j'avais fait ce grand travail d'analyse institutionnelle dans
les centres pour enfants psychotiques. Je sentais qu'il arrivait à son terme en ce qui me
concernait, il fallait que ça devienne autre chose, il fallait que je m'en aille.
Mais, c'est vrai que j'avais des amis
au Canada. Bien sûr, au niveau de l'inconscient, il y a eu des signifiants, dans mon
enfance, qui indexaient le Canada de façon insistante... Là on est dans un registre de
spéculation qui est intéressant, mais sans plus!
M.H. Il y a quelque chose de la solitude
quand même, par rapport à la psychanalyse ici? Il y a quelque chose de la solitude
quand même, par rapport à la psychanalyse ici?
F.P. Oui, partout, même en France. C'est un
art de la solitude, tu as raison, mais en même temps, on ne peut pas pratiquer seul. Oui, partout, même en France. C'est un
art de la solitude, tu as raison, mais en même temps, on ne peut pas pratiquer seul.
M.H. Le paradoxe ici, c'est que même si les
gens passent par ces moment de solitude, c'est le travail en commun qui est problématique
: trop étouffant, trop fermé, ou trop éclaté. Toi tu dis que c'est un manque de leader
qui en est la cause? Le paradoxe ici, c'est que même si les
gens passent par ces moment de solitude, c'est le travail en commun qui est problématique
: trop étouffant, trop fermé, ou trop éclaté. Toi tu dis que c'est un manque de leader
qui en est la cause?
F.P. Je n'en parlerai pas en tant que membre,
il faudrait un leader pour que ce ne soit pas comme ça. Mais faut-il que ce ne soit pas
ainsi? Non, je ne le pense pas. Je pense que ce qui serait catastrophique, c'est que
justement, viennent s'installer des petits leaders théoriques ou politiques. Il faudrait
pouvoir empêcher cela parce que c'est quand même aussi singulier, comme tous ces gens
qui se réunissent toutes les semaines, qui lisent, qui font des colloques, qui se donnent
du mal. C'est drôle non? On ne fait pas ça en histoire ou en géographie. Je n'en parlerai pas en tant que membre,
il faudrait un leader pour que ce ne soit pas comme ça. Mais faut-il que ce ne soit pas
ainsi? Non, je ne le pense pas. Je pense que ce qui serait catastrophique, c'est que
justement, viennent s'installer des petits leaders théoriques ou politiques. Il faudrait
pouvoir empêcher cela parce que c'est quand même aussi singulier, comme tous ces gens
qui se réunissent toutes les semaines, qui lisent, qui font des colloques, qui se donnent
du mal. C'est drôle non? On ne fait pas ça en histoire ou en géographie.
Il y a un grand remuement qui se fait,
mais là je ne peux rien dire, je les connais tous, pour les avoir eus en supervision ou
en analyse, mais ce qu'ils font comme travail entre eux, ce qu'ils disent entre eux, je ne
le sais pas. Et pour maintenir cette position de non-leader, je ne tiens pas à le savoir,
c'est aussi bien que je ne fasse pas partie de ça. Ce n'est pas que j'aie du mépris, au
contraire, j'ai une immense curiosité de ce qui s'y passe, mais je crois qu'il faut que
ça se développe selon un mouvement interne à chacun.
Je ne parlerai pas de regroupements,
parce que ce n'en sont pas, mais disons qu'à chacune de ces nébuleuses d'analyse, il
faut que ce mouvement se retrouve autour du vide laissé par mon absence. D'ailleurs c'est
amusant de voir comment on s'efforce d'effacer même cette absence. Comment il y a des
psychologues, là où Mireille Lafortune avait poussé des hurlements en disant :
"Vous oubliez François Peraldi"... Mais au fond, je trouve ça très, très
bien, plutôt que de m'ériger en Dieu mort.
Tous sont venus à mon séminaire.
Tous, et ils le savent très bien, ont eu ces années de formation. Je trouve très bien
que cela ait créé cette espèce de tourbillonnement d'idées et que je n'en fasse pas
partie. Je trouve cela très, très bien, c'est la seule chose, si j'avais un conseil à
donner, ou si j'étais resté d'une façon plus militante, j'aurais essayé de maintenir
cette espèce de structure, où à la place du leader il n'y a pas de leader, il y a un
manque, mais qu'il n'y ait pas non plus de structures d'identification horizontales, des
petits chefs avec un totem pour tenir la place centrale. C'est assez complexe, d'abord ça
ne s'est jamais fait; je ne suis pas sûr que ça puisse tenir longtemps comme pensée. Je
crois que ça s'est fait au début autour de Freud, mais Freud avait une telle position de
leader...
M.H. Tu crois que ça ne pourrait pas tenir
longtemps et qu'est-ce qui pourrait arriver? Tu crois que ça ne pourrait pas tenir
longtemps et qu'est-ce qui pourrait arriver?
F.P. Oh, tout de suite un leader qui
penserait qu'il pourrait faire tenir tout le monde, ou ce qui est en place ici, une
multiplicité de petites totalités, des petits groupuscules qui fonctionnent au même
niveau, avec des conflits interpersonnels, comme à Paris. Le paradoxe de Lacan, c'est
qu'il a tenu une place de leader pendant longtemps, bien que je ne sois pas sûr qu'il en
avait tellement envie. Mais on a bien vu ce que ça a donné au moment de sa mort : son
idolification d'un côté et l'éparpillement dans des conflits de pouvoir d'une
férocité incroyable, de l'autre. Oh, tout de suite un leader qui
penserait qu'il pourrait faire tenir tout le monde, ou ce qui est en place ici, une
multiplicité de petites totalités, des petits groupuscules qui fonctionnent au même
niveau, avec des conflits interpersonnels, comme à Paris. Le paradoxe de Lacan, c'est
qu'il a tenu une place de leader pendant longtemps, bien que je ne sois pas sûr qu'il en
avait tellement envie. Mais on a bien vu ce que ça a donné au moment de sa mort : son
idolification d'un côté et l'éparpillement dans des conflits de pouvoir d'une
férocité incroyable, de l'autre.
M.H. Quand je suis allée au colloque de l'Inter-Associatif,
j'ai trouvé cela vraiment affreux! Ça m'a vraiment fait prendre une grande distance par
rapport aux groupes lacaniens et à Lacan lui-même. Quand je suis allée au colloque de l'Inter-Associatif,
j'ai trouvé cela vraiment affreux! Ça m'a vraiment fait prendre une grande distance par
rapport aux groupes lacaniens et à Lacan lui-même.
F.P. Je crois que ce sont des choses sur
lesquelles l'analyse ne peut rien dire, qui ne la regardent pas. Elle ne connaît pas ces
phénomènes d'ordre institutionnel qu'il faudrait aborder autrement. Il faudrait une
sorte de science des institutions analytiques, mais elle n'existe pas. Elle imposerait de
penser des structures institutionnelles, dont on sent qu'elle serait possible. Je crois que ce sont des choses sur
lesquelles l'analyse ne peut rien dire, qui ne la regardent pas. Elle ne connaît pas ces
phénomènes d'ordre institutionnel qu'il faudrait aborder autrement. Il faudrait une
sorte de science des institutions analytiques, mais elle n'existe pas. Elle imposerait de
penser des structures institutionnelles, dont on sent qu'elle serait possible.
Je pense que j'ai senti avec le
séminaire que quelque chose était possible, mais que ça se heurterait au reste des
institutions sociales de façon extrêmement violente.
C'est un peu ce qui a été créé dans
ce centre dans le Jura. C'était des espèces de nébuleuses de questionnement sans
leader, des analystes réussissaient à ne pas être en position de leader. Je m'occupais
d'enfants autistiques, je faisais de l'analyse institutionnelle. Mais les organismes
gouvernementaux qui nous subventionnaient n'ont pas du tout supporté cela. Ils voulaient
des responsables, des chefs, une hiérarchie, savoir qui prenait des décisions, par
exemple, à propos de Mimi, un enfant autistique dont on s'occupait.
Cela pose des questions extrêmement
intéressantes, ce n'était peut-être pas ce que tu voulais qu'on aborde, mais je vais
l'aborder pour la revue Trans. Pour l'instant, il n'y a pas de pensée politique
proprement marquée par la psychanalyse : ou bien le politique vient d'ailleurs et tente
de structurer les modes d'intervention de la psychanalyse, ou bien la psychanalyse donne
des explications du monde politique qui n'ont ni queue ni tête. C'est autour de cette
question-là qu'on pourrait aborder la question du politique psychanalytique. Il faudrait
quand même déjouer les forces d'aliénation à nos connaissances, de la même manière
qu'on essaie de déjouer le perfectionnement des forces de méconnaissance du moi. Comment
pourrait-on appeler cela? Les institutions, ou les représentations qu'elles se font
d'elles-mêmes?
Quand les gens se trouvent en groupe,
la psychanalyse est envahie par des forces qui structurent son institution, qui n'ont rien
à voir avec l'inconscient. Comment déjouer cela pour qu'il y ait quand même des forces
qui investissent le champ psychanalytique en lui donnant une dynamique interne, mais sans
nécessiter la position d'un chef, d'un leader, de structures identificatoires verticales,
de rapports hiérarchiques, en somme de tous les rapports qui fondent le politique?
Comment avoir des rapports différents, une autre politique? Étant donné que ça n'a
jamais existé, ça n'existe pas, effectivement, ça reste très flou, très vague. Moi
j'en ai l'expérience, si tu veux, par le biais du négatif, c'est-à-dire par le biais de
ce que je ne voulais surtout pas, ce dans quoi je ne voulais surtout pas être pris.
M.H. Ici? Ici?
F.P. Ici ou n'importe où, c'est pour cela
que j'ai quitté la France. J'ai quitté médecine parce que je ne voulais pas être le
petit étudiant favori ou l'assistant du professeur Untel et pris dans toute cette
hiérarchie. Je ne le supportais pas et pourtant, je n'étais pas malheureux : toutes les
portes m'étaient ouvertes. Mon frère aîné est un très, très grand médecin, très
prometteur et il m'ouvrait toutes les portes. Je serais devenu grand patron à une vitesse
record, j'aurais dirigé un service très vite. Ce n'est pas de la jalousie, ce n'est pas
de l'envie : "Ha! j'arriverai jamais à être chef de service". Je ne pensais
pas pouvoir penser ni travailler dans un contexte comme celui-là. En psychanalyse, c'est
pareil. Ici ou n'importe où, c'est pour cela
que j'ai quitté la France. J'ai quitté médecine parce que je ne voulais pas être le
petit étudiant favori ou l'assistant du professeur Untel et pris dans toute cette
hiérarchie. Je ne le supportais pas et pourtant, je n'étais pas malheureux : toutes les
portes m'étaient ouvertes. Mon frère aîné est un très, très grand médecin, très
prometteur et il m'ouvrait toutes les portes. Je serais devenu grand patron à une vitesse
record, j'aurais dirigé un service très vite. Ce n'est pas de la jalousie, ce n'est pas
de l'envie : "Ha! j'arriverai jamais à être chef de service". Je ne pensais
pas pouvoir penser ni travailler dans un contexte comme celui-là. En psychanalyse, c'est
pareil.
M.H. Alors oui, justement, comment tu as
vécu cela? Par exemple, quand tu as commencé ta formation, est-ce que tu as retrouvé
des phénomènes analogues? Alors oui, justement, comment tu as
vécu cela? Par exemple, quand tu as commencé ta formation, est-ce que tu as retrouvé
des phénomènes analogues?
F.P. Oui. Ce qui est intéressant c'est que
j'ai quitté très vite, au bout de cinq ans, la Société psychanalytique de Paris,
c'était très hiérarchisé, très formel. D'ailleurs un des didacticiens que j'avais vu
à l'époque, m'avait dit : "Vous ne vous adapterez jamais ici, votre structure est
autre. Vous serez très malheureux, finalement c'est l'ensemble de votre formation qui en
souffrirait." C'est lui qui m'avait dit : "Pourquoi vous n'allez pas voir chez
les lacaniens, il y a des gens remarquables, là-dedans". Et alors, l'avantage à
l'époque, en 1964-65 chez les lacaniens, c'est qu'il n'y avait aucune structure
institutionnelle apparente, aucune hiérarchie apparente et le passage d'un pseudo-niveau
hiérarchique à l'autre était apparemment fondé sur des motifs psychanalytiques. D'une
part on rentrait, on devenait analyste membre de ce groupe, en faisant la passe par
exemple, qui était un moyen psychanalytique non pas tant de coopter que de donner à
quelqu'un l'occasion de montrer où il en était dans ce processus, dans ce rapport à
l'inconscient dont on parlait tout à l'heure. Et il n'y avait pas, apparemment, de
rapports hiérarchiques, mais ça c'était un faux semblant, en fait il y avait des
rapports hiérarchiques aussi rigoureux qu'ailleurs, mais ils étaient moins apparents. Oui. Ce qui est intéressant c'est que
j'ai quitté très vite, au bout de cinq ans, la Société psychanalytique de Paris,
c'était très hiérarchisé, très formel. D'ailleurs un des didacticiens que j'avais vu
à l'époque, m'avait dit : "Vous ne vous adapterez jamais ici, votre structure est
autre. Vous serez très malheureux, finalement c'est l'ensemble de votre formation qui en
souffrirait." C'est lui qui m'avait dit : "Pourquoi vous n'allez pas voir chez
les lacaniens, il y a des gens remarquables, là-dedans". Et alors, l'avantage à
l'époque, en 1964-65 chez les lacaniens, c'est qu'il n'y avait aucune structure
institutionnelle apparente, aucune hiérarchie apparente et le passage d'un pseudo-niveau
hiérarchique à l'autre était apparemment fondé sur des motifs psychanalytiques. D'une
part on rentrait, on devenait analyste membre de ce groupe, en faisant la passe par
exemple, qui était un moyen psychanalytique non pas tant de coopter que de donner à
quelqu'un l'occasion de montrer où il en était dans ce processus, dans ce rapport à
l'inconscient dont on parlait tout à l'heure. Et il n'y avait pas, apparemment, de
rapports hiérarchiques, mais ça c'était un faux semblant, en fait il y avait des
rapports hiérarchiques aussi rigoureux qu'ailleurs, mais ils étaient moins apparents.
M.H. Qu'est-ce que tu penses de la passe? Qu'est-ce que tu penses de la passe?
F.P. Je n'en pense rien, je ne l'ai pas
faite. Je ne connais personne qui l'ait faite. Je ne vois pas très bien en quoi cela
résoudrait quoi que ce soit, mais ce qui m'intéressait avec la question de la passe,
c'est qu'elle imposait de se poser la question : "à quoi reconnaît-on quelqu'un qui
est passé analyste?". Quant à la manière dont ils y répondent, ça... Je n'en pense rien, je ne l'ai pas
faite. Je ne connais personne qui l'ait faite. Je ne vois pas très bien en quoi cela
résoudrait quoi que ce soit, mais ce qui m'intéressait avec la question de la passe,
c'est qu'elle imposait de se poser la question : "à quoi reconnaît-on quelqu'un qui
est passé analyste?". Quant à la manière dont ils y répondent, ça...
Alors, c'est là qu'on voit comment,
brusquement, les structures hiérarchiques prennent le dessus. Quand la passe fonctionnait
et que Lacan était là, on n'avait pas tellement de critères, on avait ces critères
pour dire qu'Untel est analyste, parce qu'on le sent, ou que tel autre n'est pas analyste.
Comme disait (????) : "Celui-là, la psychanalyse lui va comme des guêtres à un
lapin", ce que je trouve sublime, comme remarque. Une fois cela posé, comment te
sens-tu? Qu'est-ce qui fait que je sens chez Dolto et qu'elle sent chez moi,
immédiatement, des gens en position d'écouter les autres d'une certaine manière? Alors,
que ni un ni l'autre ne l'avons appris dans une école. On l'a parfait dans une école, on
l'a poli dans une école. Et alors, la passe, ça été une tentative de rendre compte de
ce qui fait qu'on passe d'un mode de distance psychologique "normal" à cette
possibilité d'écoute de l'inconscient et de faire en sorte, surtout, qu'elle ne se
referme pas.
Mais quand ça devient comme au GIFFRIC
par exemple, ou à l'École de la Cause, un mode terroriste de régner sur les
gens, ça redevient ce qu'étaient toutes les modalités, quelles qu'elles soient, de
cooptation telles qu'elles existent, sur la surface de cette planète, dans toutes les
autres institutions. De ce point de vue là, la Cause Freudienne fonctionne
exactement comme la Gauche Prolétarienne!
Car cela permet un contrôle de qui est
qui dans la phase où l'on veut s'assurer de la bonne façon de penser ou si on veut
s'assurer d'un pur et dur, d'un fidèle. Pour la Cause, il apparaît bien sûr
qu'ils s'assurent de plus en plus d'avoir des gens qui vont filer droit dans la ligne de
l'orthodoxie. Mais, tout ce que je te raconte là ne facilite absolument pas l'idée de
mettre sur pied une transmission. A mon avis, il faut que ça reste flou, indéterminé,
le choix de chacun... Par contre, il appartient aux analystes de ne pas faire semblant de
considérer comme des analystes les gens qui ne le sont pas.
M.H. Oui, mais comment? Oui, mais comment?
F.P. Bien, en le leur disant ou en ne les
gardant pas dans un groupe... Il y a des gens qui sont en supervision avec moi et je leur
dis: "Ce que vous faites, la manière dont vous le faites, ne m'apparaît pas
analytique". Je ne peux pas faire plus, je ne peux pas les dénoncer en disant
"Attention!". Par ailleurs, il y a des groupes où on sent que les gens qui y
sont n'ont rien d'analytique, on le leur dit. Et ça, justement, c'est très dur, c'est
comme si de tout entendre devait être une loi où il fallait entendre tout le monde. Ce
n'est pas du tout ça. Bien, en le leur disant ou en ne les
gardant pas dans un groupe... Il y a des gens qui sont en supervision avec moi et je leur
dis: "Ce que vous faites, la manière dont vous le faites, ne m'apparaît pas
analytique". Je ne peux pas faire plus, je ne peux pas les dénoncer en disant
"Attention!". Par ailleurs, il y a des groupes où on sent que les gens qui y
sont n'ont rien d'analytique, on le leur dit. Et ça, justement, c'est très dur, c'est
comme si de tout entendre devait être une loi où il fallait entendre tout le monde. Ce
n'est pas du tout ça.
M.H. C'est difficile quand on est dans un si
petit monde... C'est difficile quand on est dans un si
petit monde...
F.P. Est-ce que tu crois qu'ils étaient plus
nombreux à Vienne? Est-ce que tu crois qu'ils étaient plus
nombreux à Vienne?
M.H. Ou à Paris. A Paris ils sont très
nombreux, mais finalement, ils fonctionnent en petites chapelles! Ou à Paris. A Paris ils sont très
nombreux, mais finalement, ils fonctionnent en petites chapelles!
F.P. De plus, ils sont très nombreux depuis
30 à 40 ans seulement. Même à l'époque où j'ai commencé à la Société de
Psychanalytique de Paris c'était une petite société, il y avait peut-être en tout
180 à 200 personnes. On n'est devenus plus nombreux qu'après. De plus, ils sont très nombreux depuis
30 à 40 ans seulement. Même à l'époque où j'ai commencé à la Société de
Psychanalytique de Paris c'était une petite société, il y avait peut-être en tout
180 à 200 personnes. On n'est devenus plus nombreux qu'après.
M.H. Vous vous connaissiez tous plus ou
moins? Vous vous connaissiez tous plus ou
moins?
F.P. Bien non, justement, parce qu'à la Société
psychanalytique de Paris, les mécanismes hiérarchiques faisaient que tu ne
connaissais les gens qu'à partir du moment où tu parvenais à un autre échelon
hiérarchique, comme en médecine Bien non, justement, parce qu'à la Société
psychanalytique de Paris, les mécanismes hiérarchiques faisaient que tu ne
connaissais les gens qu'à partir du moment où tu parvenais à un autre échelon
hiérarchique, comme en médecine
M.H. Comme au Parti Communiste... Comme au Parti Communiste...
F.P. Comme au PC, tout à fait. Alors, qu'il
y avait l'illusion, à l'époque, que chez les lacaniens, c'était plus ouvert, qu'il n'y
avait pas tous ces cloisonnements. Comme au PC, tout à fait. Alors, qu'il
y avait l'illusion, à l'époque, que chez les lacaniens, c'était plus ouvert, qu'il n'y
avait pas tous ces cloisonnements.
M.H. Mais tu dis que c'est une illusion? Mais tu dis que c'est une illusion?
F.P. Oui, parce que c'est comme ici où on
tutoie son patron, mais quand il nous fout à la porte, il le fait quand même avec une
violence incroyable. Donc, c'est l'illusion de la libéralisation. LÉcole
Freudienne, c'était un peu cela. Mais on ne tutoyait quand même pas facilement
Lacan.
Mais dès que j'ai connu Leclaire, ça
c'est un des signes de reconnaissance de l'autre analyste, il m'a tutoyé. Je me rappelle,
il m'a tutoyé à partir du moment où j'ai présenté un truc, à New-York, qui lui a
beaucoup plu. Il m'a tutoyé à partir de ce moment-là. Ce sont des signes de
reconnaissance intra-institutionnels, c'est très amusant d'ailleurs!
M.H. Je voudrais te demander ce que tu penses
faire par rapport à ce travail que tu as élaboré en séminaire? Je voudrais te demander ce que tu penses
faire par rapport à ce travail que tu as élaboré en séminaire?
F.P. J'ai rassemblé toutes mes notes du
séminaire et le problème c'est que je me retrouve avec près de 6000 pages. Avant de
faire des séminaires sur l'enseignement de Lacan, j'avais fait trois séminaires
sur la mort, deux séminaires sur l'autre, un séminaire sur le sujet.
Pour l'instant, je suis déjà en train de remettre en bon français, le séminaire sur la
mort, donc, il y a quelque chose qui serait éventuellement lisible. Mais, je crois
qu'en fait il vaut mieux que cela reste oral. Il faudrait le réécrire, mais c'est un
travail absolument... qui n'en vaut pas la peine. Au fond, tu vois, si je reste fidèle à
ma pensée, je pense que tout ce que j'ai fait pendant ces années, que j'ai fait de
façon orale, ça doit rester oral. Ce qui devait être écrit, je l'ai publié dans les
articles. Donc, récupérer ces notes de séminaire pour les publier, ce serait vraiment
faire de la récupération. Il n'y a rien là-dedans! Les gens peuvent trouver tout cela
ailleurs. Au moment où j'énonçais les idées, ça provoquait des effets, mais il n'y a
pas la substance d'un enseignement transmissible, comme un cours de philo. Je relisais ce
que j'ai fait sur l'enseignement de Lacan et ça n'a aucun intérêt. Donc, je pense que
je vais le jeter. J'ai rassemblé toutes mes notes du
séminaire et le problème c'est que je me retrouve avec près de 6000 pages. Avant de
faire des séminaires sur l'enseignement de Lacan, j'avais fait trois séminaires
sur la mort, deux séminaires sur l'autre, un séminaire sur le sujet.
Pour l'instant, je suis déjà en train de remettre en bon français, le séminaire sur la
mort, donc, il y a quelque chose qui serait éventuellement lisible. Mais, je crois
qu'en fait il vaut mieux que cela reste oral. Il faudrait le réécrire, mais c'est un
travail absolument... qui n'en vaut pas la peine. Au fond, tu vois, si je reste fidèle à
ma pensée, je pense que tout ce que j'ai fait pendant ces années, que j'ai fait de
façon orale, ça doit rester oral. Ce qui devait être écrit, je l'ai publié dans les
articles. Donc, récupérer ces notes de séminaire pour les publier, ce serait vraiment
faire de la récupération. Il n'y a rien là-dedans! Les gens peuvent trouver tout cela
ailleurs. Au moment où j'énonçais les idées, ça provoquait des effets, mais il n'y a
pas la substance d'un enseignement transmissible, comme un cours de philo. Je relisais ce
que j'ai fait sur l'enseignement de Lacan et ça n'a aucun intérêt. Donc, je pense que
je vais le jeter.
M.H. Et qu'est-ce que tu en as retiré toi? Et qu'est-ce que tu en as retiré toi?
F.P. Énormément, ça m'a obligé à un
travail que je n'aurais jamais fait autrement, car je suis d'une nature paresseuse. J'en
ai tiré énormément sur la manière dont fonctionne le discours psychanalytique, la
construction de la théorie, les liens de la psychanalyse avec son discours, avec la
philosophie. J'ai beaucoup appris en faisant ce séminaire. En fait, ça m'a servi comme
me servait le séminaire de Lacan, c'est-à-dire comme un lieu d'incitation à la
curiosité, à la lecture. Énormément, ça m'a obligé à un
travail que je n'aurais jamais fait autrement, car je suis d'une nature paresseuse. J'en
ai tiré énormément sur la manière dont fonctionne le discours psychanalytique, la
construction de la théorie, les liens de la psychanalyse avec son discours, avec la
philosophie. J'ai beaucoup appris en faisant ce séminaire. En fait, ça m'a servi comme
me servait le séminaire de Lacan, c'est-à-dire comme un lieu d'incitation à la
curiosité, à la lecture.
M.H. Et pourquoi cela ne pourrait pas servir
de cette manière-là? Et pourquoi cela ne pourrait pas servir
de cette manière-là?
F.P. Parce que ça ne peut servir à cela que
quand c'est parlé, que lorsque c'est dans le mouvement de la parole. Parce que ça ne peut servir à cela que
quand c'est parlé, que lorsque c'est dans le mouvement de la parole.
M.H. Ce qui t'inquiète, c'est une sorte de
fétichisation? Ce qui t'inquiète, c'est une sorte de
fétichisation?
F.P. D'une part, d'autre part ce ne sera
jamais lu comme c'était entendu, et puis ce serait un peu comme de prédigérer des
choses qui doivent être découvertes seul, ou en groupe. Il y a toute la différence
entre ce qui peut se transmettre par le biais du texte, du livre et ce qui peut se
transmettre dans la parole d'un séminaire; la parole c'est tout à fait autre chose,
même s'il était en partie lu apparemment. Je pense qu'il faut qu'on mette l'accent sur
la parole, sur la transmission par l'art de la parole. D'une part, d'autre part ce ne sera
jamais lu comme c'était entendu, et puis ce serait un peu comme de prédigérer des
choses qui doivent être découvertes seul, ou en groupe. Il y a toute la différence
entre ce qui peut se transmettre par le biais du texte, du livre et ce qui peut se
transmettre dans la parole d'un séminaire; la parole c'est tout à fait autre chose,
même s'il était en partie lu apparemment. Je pense qu'il faut qu'on mette l'accent sur
la parole, sur la transmission par l'art de la parole.
M.H. Il y a très peu de choses qui sont
dites là-dessus. J'en parle justement par rapport à ce que Scott disait. Il y a quelque
chose de très particulier qui se transmet dans l'oral, dans la parole, et dont on ne
tient pas compte finalement dans l'écrit. Il y a très peu de choses qui sont
dites là-dessus. J'en parle justement par rapport à ce que Scott disait. Il y a quelque
chose de très particulier qui se transmet dans l'oral, dans la parole, et dont on ne
tient pas compte finalement dans l'écrit.
F.P. Et qui pour moi constitue l'essentiel de
ce qui se maintient vivant dans le tissu de la pensée psychanalytique. Et qui pour moi constitue l'essentiel de
ce qui se maintient vivant dans le tissu de la pensée psychanalytique.
M.H. Qui est justement dans cet échange dont
tu parles, qui vient du fond de l'inconscient. Qui est justement dans cet échange dont
tu parles, qui vient du fond de l'inconscient.
F.P. Oui. C'est pour ça que toutes ces
histoires de revues... Oui pourquoi pas s'amuser à faire des revues, mais l'essentiel se
passe dans les lieux de parole. Oui. C'est pour ça que toutes ces
histoires de revues... Oui pourquoi pas s'amuser à faire des revues, mais l'essentiel se
passe dans les lieux de parole.
M.H. Et donc, ta distance par rapport à la
psychanalyse, par rapport à Lacan? Et donc, ta distance par rapport à la
psychanalyse, par rapport à Lacan?
F.P. Bien, c'est comme une histoire d'amour
qui se termine, tu vas de ton côté, moi je vais du mien et ce dont je m'occupe
maintenant n'a plus rien à voir avec la psychanalyse, c'est sans intérêt d'une certaine
manière. Je travaille sur une biographie, sur d'autres choses. Bien, c'est comme une histoire d'amour
qui se termine, tu vas de ton côté, moi je vais du mien et ce dont je m'occupe
maintenant n'a plus rien à voir avec la psychanalyse, c'est sans intérêt d'une certaine
manière. Je travaille sur une biographie, sur d'autres choses.
M.H. Est-ce que tu pourrais dater ce
moment-là ou était-ce progressif? Est-ce que tu pourrais dater ce
moment-là ou était-ce progressif?
F.P. Non. Ça a été progressif, mais je
peux le dater, c'était en mai 1990, quand j'ai arrêté mon séminaire. Non. Ça a été progressif, mais je
peux le dater, c'était en mai 1990, quand j'ai arrêté mon séminaire.
M.H. Mai 1990 ou 1991? Mai 1990 ou 1991?
F.P. 1990. J'ai fait une sorte de break
down, j'étais allé faire une tournée de conférences au Danemark et j'ai subi, en
cours de route, un phénomène d'effondrement total, j'étais épuisé, je ne savais plus
qui j'étais et ce que je faisais là, enfin, pas à ce point-là... Et, là je me suis
dit: "Je ne peux pas continuer". Puis, en rentrant, il a fallu que j'annule des
patients, parce que j'en avais beaucoup trop. Voilà, c'était à ce moment-là, il y a eu
un point de saturation extrême. 1990. J'ai fait une sorte de break
down, j'étais allé faire une tournée de conférences au Danemark et j'ai subi, en
cours de route, un phénomène d'effondrement total, j'étais épuisé, je ne savais plus
qui j'étais et ce que je faisais là, enfin, pas à ce point-là... Et, là je me suis
dit: "Je ne peux pas continuer". Puis, en rentrant, il a fallu que j'annule des
patients, parce que j'en avais beaucoup trop. Voilà, c'était à ce moment-là, il y a eu
un point de saturation extrême.
M.H. Est-ce que c'était au Lacanian Forum?
C'est vrai que tu avais l'air épuisé... Est-ce que c'était au Lacanian Forum?
C'est vrai que tu avais l'air épuisé...
F.P. Oui. Je suis allé au Danemark, tout de
suite après. Il faut aussi tenir compte, dans tout ça, de la quantité de travail
absolument phénoménale que j'ai fournie, et qu'on fournit d'ailleurs sans s'en rendre
compte, jusqu'au moment où on ne peut plus le faire. Puis après, ça s'est enchaîné,
je me suis dit: "C'est de la folie!". Et comme on ne peut pas mesurer son effort
comme de petites économies, à partir du moment où tu n'as plus la force psychique et
physique de le soutenir, autant faire autre chose. Le sentiment aussi d'avoir fait ce que
j'avais à faire. Je n'ai pas l'impression que j'aurais pu en faire beaucoup plus. Voilà! Oui. Je suis allé au Danemark, tout de
suite après. Il faut aussi tenir compte, dans tout ça, de la quantité de travail
absolument phénoménale que j'ai fournie, et qu'on fournit d'ailleurs sans s'en rendre
compte, jusqu'au moment où on ne peut plus le faire. Puis après, ça s'est enchaîné,
je me suis dit: "C'est de la folie!". Et comme on ne peut pas mesurer son effort
comme de petites économies, à partir du moment où tu n'as plus la force psychique et
physique de le soutenir, autant faire autre chose. Le sentiment aussi d'avoir fait ce que
j'avais à faire. Je n'ai pas l'impression que j'aurais pu en faire beaucoup plus. Voilà! |