La clinique au
quotidien à la fin du XXe siècle
Hélène Richard
Voilà déjà cent ans, les neurologues Sigmund Freud et Joseph Breuer
donnaient le coup d'envoi à la troisième révolution scientifique en entreprenant la
rédaction des "Études sur l'hystérie". Pour célébrer ce centenaire avec
vous, Filigrane s'est demandée ce qui caractérisait le quotidien de la clinique
aujourd'hui. La théorie psychanalytique d'origine et sa technique ont changé, sa
clientèle aussi, de même que la formation des cliniciens et le cadre sociétal dans
lequel ils travaillent. De nouvelles problématiques, des pratiques inédites sont
apparues qui n'ont pas encore, ou peu, été théorisées. Filigrane a voulu épousseter
les thèmes fondamentaux d'un regard clinique "fin du XXe" en donnant la parole
à des cliniciens oeuvrant dans des champs divers pour qu'ils témoignent de leurs
réflexions sur leur pratique quotidienne.
C'est ainsi, par exemple, que les écrits d'Emiliano Galende et de
Christophe Dejours illustrent comment les changements sociétaux de cette fin de siècle,
d'une part, et certains de ses progrès technologiques, d'autre part, ont un impact sur
les problématiques individuelles et sur le travail de pensée clinique.
Par ailleurs, les textes de Florence Bégouin-Guignard, Allannah
Furlong, Doris-Louise Haineault, Jean-Guy Lavoie, Claude Spielman, Louise Houle et Louise
Verrette (ces deux derniers textes se trouvent dans la chronique Ébauches), interrogent
d'emblée divers phénomènes cliniques à partir d'un point de vue
transféro-contretransférentiel et non plus à partir de la seule réalité
transférentielle, comme on en avait davantage l'habitude durant la première moitié du
siècle. Ce faisant, ils soulignent l'emphase récente mise sur le contexte relationnel de
l'établissement du transfert et l'importance que revêt maintenant le contre-transfert
comme outil de compréhension clinique. Ce, à l'instar du nouveau regard jeté par
d'autres sciences sur la variable interactionnelle comme clef d'explication de certains
phénomènes.
Dans ce même esprit, Allanah Furlong, Florence Bégouin-Guignard et
d'autres ne prennent plus pour acquis le cadre de la situation psychanalytique mais en
questionnent la fonction dans le processus psychique en cours.
D'autres auteurs, par ailleurs, décrivent les nouveaux lieux de la
pratique clinique (Carole Levert) ou l'état actuel des lieux traditionnels (Jean-Guy
Lavoie), et les défis qu'ils posent aux cliniciens.
Enfin, dernier indice de la spécificité de cette fin de siècle, la
plupart des auteurs témoignent du déplacement actuel de l'intérêt général vers les
modes pré-génitaux du fonctionnement psychique. Ils le font soit en traitant de
problèmes spécifiques, comme celui de l'infertilité (Christophe Dejours), par exemple,
soit en incluant spontanément dans leur réflexion les distinctions entre les niveaux
névrotique et narcissique de fonctionnement.
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