La bisexualité :
corps et âme?
La bisexualité dans tous ses états
marie hazan
En psychanalyse, la bisexualité fait partie de ces
thèmes qui rebondissent périodiquement et qui font nud, provoquant débats et
conflits et cristallisant des oppositions flamboyantes mais fécondes. Élément
catalyseur, déclencheur, détonateur, cette idée -plutôt que concept- suscite des
questions à cheval sur le politique et linstitutionnel, le social et
linconscient, le biologique et le psychique. Laffaire de la bisexualité se
rapporte alors à lenfance, à la féminité et la sexualité, à
lhomosexualité et aux questionnements concernant tous ces points chauds, soulevés
en particulier par les bouleversements de notre façon de vivre actuellement...
La bisexualité est-elle politiquement ou psychanalytiquement correcte?
Plus que dans sa conception, cest dans les effets de son articulation et de son
opposition dialectique à dautres notions, quelle se trouve à nous interroger
périodiquement, mais toujours en fonction déléments de la vie sociale et
prémisses biologisantes.
En effet, dès ses débuts, la bisexualité était inventée par Freud,
fondue et fondée dans sa relation avec Fliess et contenait déjà en germe toutes ces
questions, en plus de celles se rapportant à la filiation et à la légitimité, autres
problèmes récurrents de lhistoire de la psychanalyse, associés au fantasme de vol
des idées, avec les aléas que lon connaît...
Ainsi, des extraits de la fameuse note 13 des Trois essais sur la
théorie de la sexualité, ont pu être mis en exergue par des mouvements homosexuels
dans les années 70, comme exemples de la position freudienne " politicaly
correct " en terme de non discrimination envers les homosexuels.
Mais les institutions psychanalytiques ne lentendent pas de cette
oreille, puisque lhomosexualité est un empêchement à laffiliation aux
Sociétés de psychanalyse, selon une règle non écrite ni énoncée, mais apparemment
fort appliquée...
La bisexualité est aussi communément invoquée dans un sens
" comportemental " concernant la tolérance à propos des agirs ou
relations homosexuelles de personnes dites bisexuelles ou " bi ".
Bisexualité-choix dobjet donc, puisque lon peut aussi bien
" choisir " un " objet " sexuel du même ou de
lautre sexe, en étant soi-même en position masculine ou féminine... Ce qui nous
donne, dit Freud, quatre positions différentes.
De quoi rêver... au pervers polymorphe, à la toute-puissance à
lenfance et à la révolution psychanalytique concernant sa sexualité.
Mais aussi, bisexualité-roc du biologique? Lhypothèse de la
bisexualité prenant racine dans lembryologie, la bisexualité serait-elle
dordre biologique? Cest léternel débat entre psychanalyse et biologie
qui rebondit ici. Or, suite aux expériences de toute une vie de travail, lauteur deLa
bisexualité dans lordre de la nature, Aron biologiste célèbre, le démontre
pour le monde des animaux en prenant lexemple des effets des hormones sur le
" choix dobjet " chez les animaux... Or déjà Freud, se
référant à Fliess, soutenait quon arriverait un jour à fonder cette hypothèse
-la bisexualité- en étudiant les animaux supérieurs.
On est si peu de chose... Mais pour ceux qui diraient quon
nest pas des bêtes, il est surtout question de la bisexualité psychique comme
" présence conjointe de dispositions psychosexuelles opposées ".
Car lidée, portée par Freud et Fliess, pousse à exégèse et
interprétation, selon la manière dont elle est ramenée. Au delà de ses ouvertures sur
le monde social et notre condition biologique, cest en termes doppositions
épistémologiques quelle est intéressante et quelle porte à contradiction,
comme levier, catalyseur, ou partie dune dialectique, à un moment historique
particulier. Porteuse de symétrie, elle peut être reprise dans une argumemtation
égalitaire comme " preuve " de louverture de la psychanalyse à
légalité des sexes (comme à la discrimination envers les homosexuels). Mais
cest cette opposition même : égalité-symétrie dune part et différence
dautre part, qui est dynamique. Le même et lautre. En effet, une trop grande
insistance sur la différence des sexes amène logiquement à linvestissement de
tout le versant de la théorie " phallocentrée " avec lidée de
libido mâle seulement etc... Par contre, ce serait un contre-sens que de supposer à la
psychanalyse une position égalitaire ou politiquement correcte. Car même, si lon
suit Lacan, le phallus, personne ne la, les garçons se situent dans la dialectique
de lavoir et les filles dans celles de lêtre et les sujets féminins et
masculins ne se situent pas de la même façon par rapport au manque et à la castration.
Roc du biologique?
Un temps de différence et un temps de symétrie, cest comme cela
que je traduirais les oscillations de nos conceptions cliniques et théoriques entre ces
deux pôles : de la struturation du sujet autour de la castration, à la bisexualité;
cependant, là aussi, il ny a pas de symétrie, la psychanalyse reposant
dabord et avant tout sur le postulat du primat du phallus. Mais si
laffirmation de la différence est incontournablement structurante, la bisexualité
savère féconde de par sa façon de se trouver du côté de la plénitude, de la
toute-puissance, mais aussi du côté de lévitement -sous divers modes- de la
castration.
Or si la psychanalyse na pas à être évaluée comme correcte ou
incorrecte, ses dérives peuvent lêtre pour certains, qui se taxeraient
mutuellement de dérapage, ou dextrapolation. En revanche, le fantasme, toujours
aussi vivace de la bisexualité, fait rêver... Il est fécond et suscite les réflexions
conceptuelles et cliniques des auteurs de ce dossier de Filigrane.
Ainsi, pour Marie-Claude Argant-Le Clair, la bisexualité psychique,
pleine de potentialités, est lintégration harmonieuse des deux sexes; elle
larticule à la question de lidentité sexuelle étudiant le discours
révélateur dhommes à laube de leur paternité.
Micheline Gérin-Lajoie nous rend compte dun travail clinique très
parlant sur lenfance et la potentialité, la toute-puissance, de la bisexualité. Le
volcan représenté par cet enfant, forme phallique et vaginée à la fois, est ici
pulsion de vie, mais aussi évitement de la castration.
Marie-Claire Lanctôt-Bélanger nous parle, avec style, de la bisexualité
comme double altérité du sujet, de la bisexualité du psychanalyste, pour finir par se
demander si la bisexualité est dans le corps ou dans la psyché.
Se situant du côté de la subversion, Charles Levin se demande si parler
de la bisexualité nest pas une manière de pondérer la notion de pervers
polymorphe
Et enfin, François Gauthier nous livre ses réflexions sur la
bisexualité, à travers des vignettes cliniques et ses interrogations sur
lintégration de la différence et sur lénigme du féminin et du masculin et
termine en sen tenant plutôt au caractère plutôt polymorphe de la sexualité, à
la suite de Charles Levin.
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" La bisexualité réfère à une disposition mentale, psychique, à fantasmer,
comprendre, partager le vécu sexuel et psychosexuel dune personne de lautre
sexe. " (Clerk, 1982)
pensée freudienne : tranchant, alibi, lectures diverses ,
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