Présentation
Le vieillissement et la capacité thérapeutique
chez le psy et son patient.
Hélène Richard
Contrairement à certains de ses
collègues, Freud, gérontophobe, croyait la psychanalyse contre-indiquée pour les
patients ayant atteint la cinquantaine. Il était d'opinion que les quinquagénaires
"ne disposent plus de la plasticité des processus psychiques sur laquelle s'appuie
la thérapeutique"(1904, 18). Mais qu'en est-il donc des processus psychiques du
psychothérapeute, de la psychanalyste de ce groupe d'âge ? Qu'a donc à dire la clinique
psychanalytique contemporaine sur le sujet de la sénescence ? La question se pose, en
effet, et avec une acuité accrue en cette ère de longévité et de valorisation du
contre-transfert comme outil de travail.
Filigrane a voulu aborder pour vous la
problématique, presquinédite en psychanalyse, de l'impact du vieillissement sur la
capacité thérapeutique du psy et de son patient. Choix difficile et excitant que de
scruter cette "deuxième adolescence" représentée par l'automne de la vie. La
difficulté est, en fait, de deux ordres. Elle est, d'une part, subjective car il s'agit
de scruter une période de l'existence empreinte, entre autres, d'un parfum de deuils, de
blessures narcissiques et à l'horizon de laquelle se profile notre propre mort. La
difficulté est, d'autre part, technique puisque l'écriture doit se faire en direct, les
auteurs ne pouvant guère s'abriter derrière la théorie ni s'appuyer sur les écrits
cliniques antérieurs pour parler de leur travail, de leur expérience
contre-transférentielle. La psychanalyse n'a, en effet, commencé à s'intéresser que
tout récemment -dans les années 1980- au phénomène du vieillissement, plus
précisément à celui du patient (l'histoire se répète...) et à son impact sur le
processus thérapeutique. Elle se fait encore de nos jours silencieuse au sujet de la
question précise de l'influence de la sénescence du psy sur son écoute clinique.
La traversée du deuil mène cependant
à la créativité et à l'aspect excitant de ce sujet peu exploré. Il s'agit, en effet,
d'examiner la réalité clinique avec un autre regard : celui que donne aux cliniciens
leur nouvelle identité de "senior", de grand-pères, de belles-mères. Il est
question de revisiter l'inconscient, l'enfance, par un autre chemin, de cueillir de
nouveaux fruits : ceux de la maturité. Le vieillissement ne fait-il pas partie de la vie
psychique et ses acquis ne servent-ils pas d'outils cliniques ? Cette saison de
l'existence nous est ainsi apparue comme une terre inexplorée suscitant notre intérêt
et une myriade de questions.
Ainsi, Andrée Larivière et Charlotte
Herfray interrogent, entre autres, le travail psychique requis par lélaboration de
la sénescence, langoisse quil sucite et la responsabilité professionnelle
quil représente pour lanalyste clinicien et superviseur.
Geoges Aird, Marie-France Bonnet, quant
à eux, discutent, chacun à sa façon, de la relativité de lâge et du temps, de
même que de leurs différents registres de représentation.
Dautre part, Paulette
Letarte,
Jean-Pierre Lehmann et Micheline Gérin-Lajoie (dans la chronique "Ébauches")
examinent la pérennité du désir et ses vissicitudes, tant dans le transfert que dans le
contre-transfert.
Quant aux changements physiques liés
au vieillissement et à leur impact sur lécoute clinique, seules Katia Mercier et
Charlotte Herfray les examinent de près.
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