Printemps 2008
Le volume 17, numéro 1 bientôt en librairie

filigr@ne est un site Web consacré à la psychanalyse. Il se veut un complément à la revue filigrane et vise surtout à favoriser les échanges et le dialogue avec les lecteurs.

Présentation

Le vieillissement et la capacité thérapeutique chez le psy et son patient.

 

Hélène Richard

   Contrairement à certains de ses collègues, Freud, gérontophobe, croyait la psychanalyse contre-indiquée pour les patients ayant atteint la cinquantaine. Il était d'opinion que les quinquagénaires "ne disposent plus de la plasticité des processus psychiques sur laquelle s'appuie la thérapeutique"(1904, 18). Mais qu'en est-il donc des processus psychiques du psychothérapeute, de la psychanalyste de ce groupe d'âge ? Qu'a donc à dire la clinique psychanalytique contemporaine sur le sujet de la sénescence ? La question se pose, en effet, et avec une acuité accrue en cette ère de longévité et de valorisation du contre-transfert comme outil de travail.

   Filigrane a voulu aborder pour vous la problématique, presqu’inédite en psychanalyse, de l'impact du vieillissement sur la capacité thérapeutique du psy et de son patient. Choix difficile et excitant que de scruter cette "deuxième adolescence" représentée par l'automne de la vie. La difficulté est, en fait, de deux ordres. Elle est, d'une part, subjective car il s'agit de scruter une période de l'existence empreinte, entre autres, d'un parfum de deuils, de blessures narcissiques et à l'horizon de laquelle se profile notre propre mort. La difficulté est, d'autre part, technique puisque l'écriture doit se faire en direct, les auteurs ne pouvant guère s'abriter derrière la théorie ni s'appuyer sur les écrits cliniques antérieurs pour parler de leur travail, de leur expérience contre-transférentielle. La psychanalyse n'a, en effet, commencé à s'intéresser que tout récemment -dans les années 1980- au phénomène du vieillissement, plus précisément à celui du patient (l'histoire se répète...) et à son impact sur le processus thérapeutique. Elle se fait encore de nos jours silencieuse au sujet de la question précise de l'influence de la sénescence du psy sur son écoute clinique.

   La traversée du deuil mène cependant à la créativité et à l'aspect excitant de ce sujet peu exploré. Il s'agit, en effet, d'examiner la réalité clinique avec un autre regard : celui que donne aux cliniciens leur nouvelle identité de "senior", de grand-pères, de belles-mères. Il est question de revisiter l'inconscient, l'enfance, par un autre chemin, de cueillir de nouveaux fruits : ceux de la maturité. Le vieillissement ne fait-il pas partie de la vie psychique et ses acquis ne servent-ils pas d'outils cliniques ? Cette saison de l'existence nous est ainsi apparue comme une terre inexplorée suscitant notre intérêt et une myriade de questions.

   Ainsi, Andrée Larivière et Charlotte Herfray interrogent, entre autres, le travail psychique requis par l’élaboration de la sénescence, l’angoisse qu’il sucite et la responsabilité professionnelle qu’il représente pour l’analyste clinicien et superviseur.

   Geoges Aird, Marie-France Bonnet, quant à eux, discutent, chacun à sa façon, de la relativité de l’âge et du temps, de même que de leurs différents registres de représentation.

   D’autre part, Paulette Letarte, Jean-Pierre Lehmann et Micheline Gérin-Lajoie (dans la chronique "Ébauches") examinent la pérennité du désir et ses vissicitudes, tant dans le transfert que dans le contre-transfert.

   Quant aux changements physiques liés au vieillissement et à leur impact sur l’écoute clinique, seules Katia Mercier et Charlotte Herfray les examinent de près.

 

 

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