Vieillissement et
capacité thérapeutique
N.B : L'utilisation des termes psychothérapeute et
psychanalyste, de même que l'emploi du féminin ou du masculin n'excluent personne.
1-Le vieillissement du thérapeute et les
changements dans sa capacité thérapeutique
-Le vieillissement du psychothérapeute, de la
psychanalyste, affecte-t-il sa capacité thérapeutique et, si oui, comment?
Qu'est-ce qui cèle la différence entre une
thérapeute junior et une qui ne l'est plus? Qu'est-ce qui change? Quelle est l'évolution
qui mène de l'un à l'autre?
Se pourrait-il qu'à l'instar du vieillissement du
corps, la capacité thérapeutique s'amenuise avec l'âge?
Ou se pourrait-il, plutôt, que l'intérêt
thérapeutique lui-même demeure intact et qu'il ne soit influencé que par les
limitations physiques imposées par le vieillissement du corps?
Autrement dit, est-ce une erreur de croire que le
thérapeute dans l'homme est immortel? Et si cette affirmation surprend, que recèle donc
cet étonnement?
Chaque période de la vie apporte ses plaisirs et
ses angoisses propres. Les changements qui surviennent dans la capacité thérapeutique à
l'automne et à l'hiver de la vie sont-ils attribuables à un affaiblissement des
intérêts psychothérapiques ou bien à une réorientation de ces derniers qui serait mue
par des préoccupations propres à cette période de vie? (Ex. : Déclin de l'intérêt
pour certaines problématiques qui ne trouvent plus d'échos en nous, mais nouvel
intérêt pour d'autres questions subjectivement plus actuelles.)
Car on pourrait penser que le besoin de se réparer,
soi et ses objets, à travers le travail de guérison des patients (Klein, Winnicott)
s'élabore et se comble au fil des ans, de sorte que diminuerait la capacité liée à cet
intérêt, i.e. à la sublimation de ce besoin personnel. Ce qui pose la question de la
rentabilité psychique réelle, pour le psychanalyste, de son métier où la procuration,
la vicariance sont présentes.
Mais on pourrait aussi arguer que le vieillissement
entraîne un cortège de deuils objectaux et narcissiques à élaborer qui laissent moins
d'énergie à consacrer à l'élaboration de ceux des patients, à moins que ce ne soit
l'inverse qui soit vrai et qu'on ait encore plus besoin de cet outil d'élaboration que
représente le métier de thérapeute.
A moins que notre disponibilité pour certaines
problématiques, certains nivaux de fonctionnement ne soit qu'affaire de parcours
personnel, d'itinéraire de notre auto-analyse et de compatibilités concomitantes?
Dolto disait que les meilleurs analystes se
retrouvent non chez les seniors expérimentés mais chez les jeunes cliniciens qui sont
encore près de leur propre analyse. Qu'en pensez-vous?
2-Quand prend-on sa retraite du métier de
thérapeute, d'analyste et qu'est-ce qui motive habituellement cette décision?
Est-ce que la perte de ses illusions à l'égard
d'un idéal thérapeutique y joue un rôle prépondérant? Est-ce plutôt, de façon
principale, les changements du corps et de ses fonctions qui entraînent le retrait de la
libido sublimée dans les objets professionnels et un réinvestissement accru de celle-ci
dans le corps ralenti? Mais l'image du corps vieillissant dans l'inconscient est-elle
subordonnée au vieillissement dans la réalité? Ou, plutôt, comment s'inscrit le
vieillissement dans l'inconscient, s'il est vrai que ce dernier ne peut se représenter sa
propre mort?
Freud disait qu'il ne pouvait arrêter de
travailler, parce qu'on ne peut s'empêcher de penser. Mais peut-on prendre sa retraite de
la psychanalyse ? Si cette question étonne que recouvre donc cette surprise ?
Commence-t-on à lâcher prise sur la vie ("Le
roi se meurt" d'Ionesco) quand on relâche l'intérêt professionnel? Ou, à l'instar
de la publicité, peut-on parler de "seconds débuts" et de "nouveaux
horizons" pour les thérapeutes, les psychanalystes seniors? Ce qui pose la question
de la spécificité de notre métier : est-il un boulot comme les autres ou sommes-nous
d'une race à part, et si oui, ...un peuple élu?
2- Qu'est-ce le vieillissement?
Etre à la mode, est-ce être jeune? Rester
fidèle à ses croyances de jeunesse en dépit des changements qu'on appelle progrès,
évolution, est-ce un signe de jeunesse ou de vieillesse?
Se pourrait-il que la capacité thérapeutique
vieillisse plus vite que le corps? Pourrait-on imaginer de dire d'un psychothérapeute,
d'un psychanalyste qu'il est un homme encore jeune mais un clinicien vieillissant ? Et que
désignerait cette assertion?
Qu'est-ce qui fait qu'on arrête d'être
thérapeute, analyste d'enfants avant que d'être vieillissant? Est-ce seulement dû à la
diminution de l'endurance et de la souplesse physiques ou aux complications
organisationnelles liées à la pratique clinique avec ce type de clientèle? De quelle
façon la violence des affects infantiles est-elle en harmonie ou en disharmonie avec
celle des affects de l'adulte mûr et mature?
On sait que les femmes sont plus nombreuses que les
hommes à être douées pour la longévité. Peut-on dire la même chose de leur capacité
thérapeutique : qu'elle résiste mieux que celles des hommes à l'usure des ans? Ou
est-ce strictement une affaire de parcours individuel?
On dit de certaines réalités qu'elles sont
vieilles d'emblée : une institution, la fonction de juge, de notaire, par exemple. Quelle
définition de la vie soutient donc cette assertion? Et si elle est juste, peut-on
imaginer que la vie ait besoin de la vieillesse pour rester jeune?
Plusieurs sociétés attribuent à leurs aînés,
comme à leurs "shaman", une sagesse qui les placent dans un rôle de
conseillers. Pourrait-on penser que l'analyste senior, parce qu'il a longtemps fréquenté
l'inconscient, en est plus sage pour autant? Ou est-ce encore une question de parcours
personnel?
3-Le vieillissement, objet de transfert?
De quelle façon l'âge mûr, vieillissant, de la
thérapeute est-il utilisé par ses patients-es, par ses supervisées, par elle-même,
dans la situation transféro-contretransférentielle ? (Même question au masculin)
4-Le vieillissement du patient et sa capacité
thérapeutique
Les progrès de la technologie médicale font que la
moyenne d'âge de la population vieillit. Plusieurs cliniciens rapportent avoir comme
patients des personnes d'âge mûr, et même du troisième âge. La psychanalyse pour les
patients passés la cinquantaine ? En fait, le vieillissement affecte-t-il la capacité
thérapeutique du patient ? Si oui, de quelle façon?
L'inconscient n'a pas d'âge, mais le corps et son
cerveau, oui. Comment penser les régressions moïque, transférentielle avec les patients
vieux ? Que veulent dire Jeunesse et Vieillesse pour l'inconscient ? Quels enjeux
transférentiels et réels la vieillesse ou la jeunesse du thérapeute soulèvent-elles
chez les patients âgés ?
Et cetera, et cetera, ad...finitum.
Hélène Richard
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