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Printemps
2004
PRÉSENTATION
Les voies du contre-transfert
hélène
richard
françois daoust
L'écoute de son patient dans la rencontre psychanalytique amène
l'analyste/le thérapeute à être affecté par des phénomènes
contre-transférentiels. La dimension inconsciente de ces derniers
serait inaccessible au clinicien s'il ne s'était entraîné à devenir
sensible aux mouvements contre-transférentiels qui le traversent durant
la rencontre clinique. Sensibilité nécessaire, car le contre-transfert
peut s'avérer un obstacle tout autant qu'un levier à la compréhension
des processus psychiques. Quelle est donc la nature du travail
qu'effectue le clinicien à partir des manifestations contre-transférentielles
? Voilà la question que Filigrane a posée pour vous à ses auteurs.
Par quelles voies le contre-transfert se manifeste-t-il au thérapeute/analyste
? Comment ce dernier en vient-il à repérer et à identifier les différents
mouvements contre-transférentiels qui l'habitent ? Ces derniers
n'ont-ils pas tendance à se manifester d'une façon imprévue qui passe
inaperçue ? Par quels chemins, par quelles trajectoires ces mouvements
arrivent-ils à se faire percevoir, symboliser puis représenter dans le
psychisme du clinicien ?
Les différentes voies d'accès au contre-transfert donnent lieu à des
manifestations innombrables. Comment ces voies et leurs manifestations
peuvent-elles constituer des outils d'exploration de la relation transférentielle
et du fonctionnement intrapsychique
du patient, lui dont la rencontre et l'écoute induisent de tels
phénomènes chez le clinicien ?
Dans ce premier volet du dossier " Les voies du contre-transfert
" que constitue le numéro Printemps 2004, les auteurs ont répondu
de la façon suivante.
Dans un bel article : Le destin de l'inconnu entre transfert et
contre-transfert, Jean Guillaumin montre comment les voies du transfert
et du contre-transfert se manifestent dans le cadre d'un travail en
double où intervient l'opération essentielle de l'interprétation, le
langage y fonctionnant comme un tiers. Pour l'auteur la disjonction du
transfert et du contre-transfert est arbitraire, mais elle se rend utile
en permettant, via le contre-transfert, de développer cette problématique
du tiers inconnu.
Dans Un fantasme contre-transférentiel révélateur ou le satyre et
moi, Louise de Urtubey retrace sa conception du contre-transfert et
s'attache à la description de fantasmes noyaux de la situation
psychanalytique, dont l'élucidation
permet la résolution des conflits principaux. Elle présente
ensuite une vignette clinique où un fantasme contre-transférentiel se
révéla contenir le noyau principal de la cure et dont l'élucidation
amena la résolution des conflits du patient.
Pour sa part, Lorraine Boucher, dans un texte inspirant : Psychanalyste
sans frontières. Psychanalyste en institution et contre-transfert, décrit
le prix à payer pour le dur désir de durer comme psychanalyste dans
des milieux institutionnels pour enfants où la réalité extérieure et
l'urgence d'agir occupent l'avant-scène.
Quant à Vital Vézina, dans Un lion dans la jungle.
Contre-transfert, traumatisme et relation objectale, il remonte le cours
historique du concept de contre-transfert et, par l'articulation
inconscient/traumatisme, montre l'importance grandissante accordée à
l'objet-analyste. L'auteur en arrive à une définition contemporaine
qui présente le contre-transfert comme un outil essentiel à l'atteinte
des couches archaïques du psychisme. Suit une vignette du travail
clinique avec une patiente présentant un noyau autistique, qui illustre
le propos de Vézina en montrant l'amorce d'un travail de réappropriation
psychique.
Puis, dans un article évocateur, La séance et l'écriture : la trame
d'une double scène au fil du temps, Françoise Seulin choisit
d'explorer le travail d'écriture, après les séances de travail avec
une patiente, comme voie d'expression du contre-transfert. À partir
" d'un insensé de mots " jetés sur le papier tels des agirs
et des pare-excitations, la narration d'un conte se construit pendant
que se met en place une réorganisation topique chez la patiente.
Enfin, dans un article au titre accrocheur : Mais qu'attendez-vous de
moi ?, Nicolas Peraldi montre combien peut se révéler problématique
la définition classique du contre-transfert, figée dans un clivage
patient- transfert/thérapeute-contre-transfert. Dans le cadre du
dispositif particulier à sa pratique auprès d'adolescents pris en
charge par l'Aide Sociale - qui fait écho aux enjeux du cadre de
travail décrit par Lorraine Boucher -, il semble à l'auteur souvent fécond
d'utiliser la notion traditionnelle de contre-transfert comme une
manifestation transférentielle du clinicien envers le sujet adolescent.
Dans ce premier volet du dossier " Les voies du contre-transfert
", les auteurs mettent donc en relief la scène transféro-contre-transférentielle
de l'archaïque où agissent le double, l'agir, la fusion, le réel, et
où le tiers interprétatif, selon la qualité de son écoute, crée un
effet de clivage ou de réappropriation symboligène. |