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AUTOMNE
2001
PRÉSENTATION
Le
comité de rédaction
À l'occasion de son dixième anniversaire de parution, Filigrane a
choisi de consacrer les deux dossiers de l'année 2001 à l'histoire de
la psychanalyse au Québec: " Si l'histoire de la psychanalyse au
Québec m'était contée... ". En guise de cadeau d'anniversaire,
elle a voulu recoller les solitudes éparses du miroir qu'elle tend à
son lectorat depuis dix ans et, le temps de deux publications, lui présenter
un paysage tout autre de la psychanalyse au Québec. Le dossier du
printemps dernier était consacré aux lieux de pratique de la
psychanalyse au Québec. Celui du présent numéro en visite les lieux
de transmission. C'est l'histoire de nos idéaux et de notre "
amour des commencements 1" que les auteurs de Filigrane
feront défiler sous nos yeux. Nous les en remercions.
Dans un
premier temps, Jeanne Beaudry, Josette Garon, et Jacques Vigneault dépeignent
certaines institutions psychanalytiques québécoises. D'entrée de jeu,
Jacques Vigneault, dans le style clair et concis qui est le sien, fixe
sous nos yeux une photographie panoramique, coast to coast, de la
psychanalyse au Canada. Puis, Josette Garon,nous ramène au Québec et,
le temps d'une entrevue, entraîne Roger Dufresne à raconter avec verve
la fondation et l'évolution de la Société psychanalytique de Montréal
(SPM). Enfin, Jeanne Beaudry, dans un texte qui palpite, narre le
cheminement identitaire qui a mené à la création, puis à la
maturation de l'A.P.P.Q, l'Association des psychothérapeutes
psychanalytiques du Québec.
Dans un deuxième temps, Monique Brillon et André Renaud, Marie Hazan,
Thérèse Nadeau, Marie-Ange Pongis-Khandjian, Steven Rosenbloom, Hélène
Tessier et Hubert Van Gijseghem décrivent diverses institutions québécoises
de transmission de la psychanalyse et de formation à sa pratique. Thérèse
Nadeau nous donne une leçon d'histoire sur le tout premier lieu de
pratique de la psychothérapie psychanalytique au Canada, le Centre
d'orientation du boulevard Gouin, qui a permis à plusieurs de nos aînés
de faire leurs premières armes. Hubert Van Gijseghem prend la relève
en relatant une histoire de scissions : celle qui a mené à maturation
le programme de formation à la psychothérapie psychanalytique du
Centre de psychologie Gouin, puis celle qui a résulté de sa réflexion
sur la psychanalyse contemporaine. Pour sa part, Marie-Ange
Pongis-Khandjian nous amène à Québec feuilleter l'album de famille
d'un autre aïeul, l'Institut de psychothérapie de Québec. Force nous
est de constater qu'au Québec l'Église catholique -mais y a-t-il là
de quoi nous étonner ?- s'est faite présente aux moments de fondation
de la psychanalyse et de la psychothérapie psychanalytique. À la suite
de Marie-Ange Pongis-Khandjian, Monique Brillon et André Renaud nous
font part d'un beau moment de réflexion à propos des vicissitudes d'Étayage,
un programme de formation créé dans le milieu " tricoté (trop)
serré " que constitue pour semblable entreprise la ville de Québec.
Hélène Tessier, quant à elle, nous ramène à Montréal et, par le
truchement d'une entrevue avec Maurice Dongier, nous donne un aperçu de
la formation à la pratique psychanalytique qu'offre l'Institut du
Quebec English, la section anglophone québécoise de l'Institut
canadien de psychanalyse. Steven Rosenbloom, lui, nous parle du
programme du Argyle Institute, descendant d'un autre ancêtre, le
Montreal Mental Hygiene Institute (MHI). Enfin, dans un style
impressionniste, Marie Hazan témoigne de son expérience en ce lieu de
transmission paradoxal qu'a constitué le séminaire de François
Peraldi, ce psychanalyste qui se refusait à faire école.
Le mot de la fin, lui, revient à Dominique Scarfone qui, résolument
optimiste, dépeint Freud comme un classique pour le troisième millénaire.
Filigrane,
lieu de transmission ?
La préparation
de ce dossier nous a amenés à nous questionner sur notre travail d'édition,
à vouloir faire un bilan des activités de Filigrane. Si la revue fait
partie du paysage québécois, est-elle pour autant un lieu de
transmission de la psychanalyse ?
Dès la parution de son premier numéro, Filigrane annonce ses couleurs.
Elle représente le volet clinique de la revue-mère Santé mentale au
Québec, devenue une revue internationale de recherche psychosociale en
santé mentale. D'orientation psychanalytique, Filigrane se dit ouverte
aux autres approches théoriques, comme en fait foi son sous-titre
" Écoutes psychothérapiques ", et s'inscrit dans la
filiation de la revue Interprétation (Lecomte, 1992)2, seule
revue psychanalytique à avoir alors perduré au Québec. Filigrane
choisit pour mission politique de " donner au thérapeute l'espace
pour dire la souffrance de son patient et théoriser sa parole blessée"
(Lecomte, 1992). De ce fait, elle participe à " la lutte des
autres groupes sociaux en santé mentale pour prendre la parole et
rendre la société humaine" (Lecomte, 1992). La création de
Filigrane a donc lieu sous le signe du métissage
psychanalyse-psychiatrie, psychanalyse-psychothérapie.
Dix années ont passé. Filigrane existe toujours, défiant les
statistiques sur les revues québécoises qui situent à deux ans la
moyenne de leur durée. Oui, mais encore ? Quel chemin a-t-elle parcouru
depuis sa création ? Elle est devenue une revue essentiellement
psychanalytique. Elle possède un site Internet répertorié et coté
favorablement dans les ouvrages européens de recension des sites
psychanalytiques électroniques. En dix ans, elle a publié quinze numéros
où ont défilé près de deux cents auteurs en provenance de neuf pays.
Le statut professionnel de ses auteurs varie du clinicien en pratique
privée, de formation psychanalytique mais membre d'aucune association
liée à cette approche et découvrant l'écriture à l'occasion de
Filigrane, à l'auteur notoire faisant déjà école, ici ou outre-mer,
en passant par les psychanalystes et psychothérapeutes, membres d'un
des trois regroupements reconnus au Québec, soient la Société
canadienne de psychanalyse (i.e. ses deux sections locales : la Société
psychanalytique de Montréal [SPM] et le Quebec-English), l'Association
des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec (APPQ) et la Marge,
originant principalement du séminaire de François Peraldi. De plus,
Filigrane a établi une collaboration avec deux revues psychanalytiques
européennes : Psychothérapies et Le Coq-Héron . Elle a réalisé une
coédition avec cette dernière, faisant ainsi connaître certains de
ses auteurs québécois en Europe francophone.
Oui, mais de quoi parle Filigrane ? Y devise-t-on vraiment de
psychanalyse? Filigrane s'est d'abord consacrée à des thèmes
nettement cliniques, tels Le blues du psychothérapeute, La clinique au
quotidien à la fin du XXe siècle, Vieillissement et capacité thérapeutique.
Puis, elle s'est tournée vers des thèmes interdisciplinaires et s'est
intéressée aux rapports entre la clinique et certaines problématiques
sociétales. Toujours à l'écoute de son lectorat, Filigrane est dernièrement
revenue à des thèmes cliniques reflétant certaines préoccupations
actuelles. Le dernier, " Malaise dans la clinique I et II", a
reçu un accueil très favorable, aussi bien en Europe qu'ici, et a donné
lieu à l'organisation par la revue d'un colloque portant sur ce thème.
Mentionnons en passant que les dossiers cliniques de 2002, portés par
Louise Grenier en tant que rédactrice en chef invitée, seront tous
deux consacrés au thème des pères et de la paternité : " Tout
sur mon père... ". Ces dossiers ont déjà attiré une brochette
d'auteurs fort prometteuse. Enfin, en plus de ce retour aux dossiers
cliniques, Filigrane vient d'ajouter à sa table des matières une
rubrique d'histoire sous la forme d'une galerie de portraits de
psychanalystes québécois qu'elle a inaugurée en 2000 par des textes
portant sur les œuvres de François Peraldi et de Julien Bigras. Cette
rubrique se poursuit cette année avec les portraits de W. Clifford M.
Scott et d'André Lussier. Annonçons tout de suite que l'an prochain,
Filigrane compte contribuer à nouveau à l'histoire de la psychanalyse
au Québec par des textes portant sur les carrières de Jean-Louis
Langlois et de René Major.
Filigrane
doit sa résilience et son rayonnement à plusieurs personnes. À ses
auteurs sans qui la revue n'existerait pas; à son inspiré directeur,
Yves Lecomte, responsable de la gestion financière et de la diffusion;
à sa rédactrice en chef, dont la diligence se soutient de son amour de
l'écriture, Hélène Richard, responsable de la conception, de la
production et des dossiers spéciaux; aux fidèles collaborateurs du
comité de lecteurs externes, aux membres de son comité de gestion dont
fait partie son webmaistre, René Desgroseillers. Enfin, Filigrane doit
une bonne part de son dynamisme au travail assidu de son comité de rédaction,
responsable du choix des thèmes des dossiers, de l'évaluation des
textes, de la révision linguistique et de la correction d'épreuves. Se
sont succédé dans ce comité trois générations de psychothérapeutes
et de psychanalystes.3 Les membres actuels du comité,
maintenant parvenu à maturité, se nomment François Daoust, Louise
Grenier, secrétaire à la rédaction, André Jacques, Réal Laperrière,
Jacqueline Labrèche, Denise Pronovost, Hélène Richard et Madeleine
Vitré. Ils sont tous des cliniciens en pratique active qui ont appris
leur métier de lecteurs " à la dure ", mais dans le plaisir
et la fierté du travail bien fait, tous réunis autour d'une cause,
celle de la promotion de " la clinique psychanalytique ", sans
jamais que celle-ci ne fasse entre eux l'objet d'une définition arrêtée,
encore moins monolithique. Car ils sont soucieux de promouvoir toute la
diversité de la psychanalyse au Québec en permettant que s'expriment
les différentes voies théoriques et cliniques qu'empruntent ses
praticiens.
C'est de cette réalité contemporaine d'une psychanalyse toujours en
mouvement dont Filigrane se fait le porte-parole.
Le
comité de rédaction
__________________
1
En écho au beau titre du livre de J.-B. Pontalis : " L'amour des
commencements "
2
Lecomte, Y., 1992, Pour
prendre la parole, Filigrane, Numéro 1, 3-8.
3
Le comité fondateur était formé de Anne-Marie Duhau, Marie Hazan,
Pierre Létourneau, Robert
Pelletier et Hélène Richard. Au fil des années, sont venus mettre l'épaule
à la roue pour quelque temps Simon Harel, Patrick Cady, Doris-Louise
Haineault et Daniel Puskas. |